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revue de presse lundi 26 novembre 2012

Le mot «épizootie» a fait peur aux abstentionnistes

(Sandro Campardo/Keystone)

(Sandro Campardo/Keystone)

Plusieurs quotidiens s’interrogent après le bide des votations du week-end. Avec 27% de participation des citoyens, il y a de quoi s’interroger sur les limites de la démocratie directe

Les votations populaires sont-elles encore crédibles dans ce pays? La participation étique du week-end dans les urnes helvétiques, aussi bien sur l’objet fédéral sur les épizooties que les scrutins cantonaux, «ça s’appelle un bide», résume l’éditorial publié en commun par Le Courrier de Genève, Le Nouvelliste valaisan, La Liberté de Fribourg, et L’Express et L’Impartial neuchâtelois. Certes, après l’échec des récoltes de signatures pour les référendums sur les accords Rubik, il ne restait «qu’un tout petit os à ronger, sans grande consistance», ajoute-t-on. Mais tout de même!

C’est à peu près le même argument qu’a développé Oskar Freysinger dimanche soir dans le Forum radiophonique de RTS Info à l’occasion d’un débat animé entre lui, vice-président de l’UDC, et Christophe Darbellay, président du PDC: pour le premier, avec un seul objet de votation qui touche plus particulièrement le milieu agricole, il n’y avait pas de quoi susciter un intérêt démentiel. Mais pour le second, il faut tout de même «laisser la démocratie directe agir».

«Accident de parcours»

Résultat des courses: le vote a «eu lieu dans l’indifférence générale», menaçant sérieusement le plancher historique de 25,8%, atteint le 4 juin 1972 et qui était le taux le plus bas depuis 1848, selon le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne de l’époque. Reste donc «à espérer que cet accident de parcours du système politique suisse n’entame pas trop la confiance des citoyens dans leurs institutions» à quelques jours du 20e anniversaire de l’échec de la votation sur l’Espace économique européen. Tout un symbole, alors que le conseiller fédéral Johann Schneider-Amman exprimait justement sa satisfaction dimanche soir quant à la relation de confiance «entre le peuple, le gouvernement et le parlement suisses» face aux micros et aux caméras du 19:30 télévisuel de RTS Info.

Même... La Libre Belgique pense que le «oui» est clair, «mais seulement porté par une frange étroite de la population». Le Quotidien jurassien, quant à lui, parle de «virus de l’abstentionnisme» et estime qu’il aurait fallu reporter cette consultation aux prochaines votations en mars. Une mesure qui «n’aurait tué personne et aurait évité des frais inutiles». Filant la métaphore, il juge cependant que «le virus de l’intox n’a heureusement pas contaminé les votants, la révision de la loi n’accentuant pas le recours aux vaccins dans les élevages».

«Ce qui est sûr aussi, c’est que les citoyens ne se déplaceront pas en masse pour aller voter», écrivait Swissinfo samedi: «Sur la base de son expérience», Claude Longchamp, l’optimiste responsable de l’Institut de recherches gfs.bern, estimait que le taux de participation tournerait autour de 30%. Car «seule une intense campagne politique aurait éventuellement pu avoir un effet mobilisateur. Mais les promoteurs du référendum n’avaient pas les moyens financiers nécessaires.»

La rédactrice en chef du Matin, sous le titre «Pas bêtes, les Suisses», «l’avoue tout net»: elle n’a pas voté. Car «n’étant pas vétérinaire», elle n’a «pas la prétention de dire aux paysans ce qu’ils doivent faire avec leurs bestioles malades. […] Qu’on mobilise les foules pour déterminer les grands axes de notre démocratie!» Mais «dans le fond, il n’y a rien de grave à cela», relativise-t-elle. «Au contraire, cette votation montre deux choses. D’une part, que n’importe quel groupe de citoyens peut tenter d’influencer le cours des choses en lançant un référendum. D’autre part, que les citoyens sont libres de boycotter une votation qu’ils considèrent comme insignifiante. C’est aussi cela, la démocratie.»

Une première

Outre-Sarine, le St. Galler Tagblatt attribue la faible participation citoyenne à la qualité des soins vétérinaires en Suisse. Une mobilisation à la baisse qui ne surprend par ailleurs pas la Neue Zürcher Zeitung après une campagne qui n’a provoqué «de fortes vagues». D’ailleurs, même Romain Gabioud, qui se présente comme «Libéral-radical Du Vieux Pays», écrivait il y a six jours sur son compte Twitter: «Eh bien moi, je vais pas voter cette fois. Ça sera bien la première fois mais le mot épizootie me fait peur…»

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