Pour Ken Wark , le «siècle des Lumières» numériques des années 1990 à 2010, où le monde a vécu l’éruption du partage de l’information, est révolu. (DR)

«Le Temps» propose le portrait de six figures qui ont pensé la société numérique. L’Australien Ken Wark relance le débat sur le rôle des pirates dans la société de l’information
Ses longs cheveux châtains lui donnent un air d’éternel adolescent. Une dégaine de surfer australien de Bondi Beach. Derrière le regard bleu perçant et le costume noir de McKenzie Wark – appelez-le Ken Wark – se cache le maître à penser des hackers. Une communauté vaste et bigarrée de chirurgiens du code informatique, libertaire et désintéressée, qui considère l’information comme un bien commun et s’emploie à la rendre publique par le piratage des systèmes informatiques.
Avec le temps, Ken Wark est devenu la référence de ces fins limiers du code. Pas des pirates criminels, mais «des extracteurs de nouveaux mondes, des visionnaires qui sévissent dans les arts, les sciences ou les sciences appliquées». Peu importe le hack, «nous sommes des créateurs de nouveaux horizons à partir de données brutes», dit-il. Et de claquer le bec aux colporteurs de la «pensée dominante selon laquelle Steve Jobs a inventé l’iPhone en un clin d’œil. La création est une œuvre collective évoluant en dehors des règles excentriques de la propriété intellectuelle qui assigne à certains la paternité de la nouveauté.»
Ken Wark est né il y a 51 ans, à Newcastle, ville côtière et ouvrière de quelque 200 000 âmes, à 160 km au nord de Sydney. Il avoue l’avoir quittée «sans honte et sans regret». Il a étudié les médias à l’Université de Sydney et à la Murdoch University. Militant du Parti communiste australien, «qui n’est pas aligné avec Moscou», Ken Wark est devenu l’un des penseurs de la culture libertaire sur Internet. Les logiciels libres, ces programmes informatiques si chers à Richard Stallman, dont le code source (les secrets de fabrication) est public et modifiable à l’infini. Son livre de chevet est une œuvre collective, l’encyclopédie Wikipédia, le symbole d’une information enfin libérée.
Le pirate philosophe a quitté l’Australie à l’âge de 30 ans. De son propre aveu, il aurait dû partir à 20, «quand il fut clair que la gauche avait perdu» et que s’est évanoui son rêve de voir une Australie multiculturelle définitivement débarrassée de son histoire raciste. Ken Wark suit sa femme Christen Clifford, une actrice de théâtre américaine, à New York, où il s’installe en 2000. Ils auront deux enfants: Felix et Vera. Depuis 2004, il est professeur en culture et médias au collège Eugene-Lang de la New School for Liberal Arts .