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syrie vendredi 16 mars 2012

«L’opposition doit cesser de se déchirer»

AFP

(AFP)

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Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé regrette dans «Le Monde» cet après-midi les divisions de l’opposition syrienne. La Tunisie, la Libye et l’Egypte insistent sur l’importance d’une solution arabe à la crise, alors que des milliers de Syriens défilent encore dans les rues ce vendredi, au lendemain d’une manifestation organisée par le régime

L’opposition syrienne au président Bachar el-Assad doit cesser de se «déchirer» et de «s’opposer les uns aux autres», a estimé le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé dans une interview au journal Le Monde publié vendredi.

«Il y a des opposants dont l’attitude affaiblit gravement l’opposition - tant qu’ils continueront à se déchirer et à s’opposer les uns aux autres, l’intérieur et l’extérieur», a déclaré M. Juppé. «Nous faisons tout pour essayer de les rassembler autour du Conseil national syrien (CNS), et les convaincre d’être plus inclusifs, d’accueillir des Alaouites, des chrétiens. Ils n’y parviennent pas assez», a ajouté le ministre français en référence aux dissensions à l’intérieur du CNS, la principale instance de représentation de l’opposition, mais aussi entre le CNS et d’autres groupes d’opposants de l’intérieur en Syrie.

Le CNS déchiré

Créé en août 2011 à Istanbul, le CNS apparaît comme le plus large et le plus représentatif des groupes hostiles au régime. Composé de plus de 300 membres, dont près d’une centaine vivent en Syrie, il est une coalition des plus importants partis de l’opposition partagée entre islamistes, libéraux et nationalistes.

Mais trois personnalités du CNS, Haitham al-Maleh, Kamal al-Labwani et Catherine al-Telli, en ont démissionné cette semaine pour «divergences avec le Conseil». M. Labwani s’en est violemment pris aux membres du CNS «complices du massacre du peuple syrien à travers les atermoiements, la tricherie, les mensonges, la surenchère et la monopolisation des décisions». Il a accusé Burhan Ghalioun, président du CNS, de «s’accrocher à sa chaise comme Bachar al-Assad» et d’adopter un comportement «anti-démocratique» sans «élections ou transfert du pouvoir».

Ce dernier a déclaré jeudi soir à l’AFP que les démissionnaires «sont des personnalités indépendantes qui n’ont pas trouvé leur place». «Peut-être qu’ils pensent à la mesure de leurs ambitions mais ça ne change rien à la composition du conseil national syrien», a estimé M. Ghalioun.

Le CNS est critiqué pour ne pas assez coordonner son action avec les militants sur le terrain, pour avoir tardé à se prononcer en faveur d’un armement des rebelles qui combattent les forces du régime depuis des mois et pour la grande influence des Frères musulmans en son sein.

Le ministre français des Affaires étrangères s’est également dit «navré de voir que la hiérarchie chrétienne, catholique ou orthodoxe, continue à lier son sort à Bachar el-Assad». «Nous comprenons les craintes des chrétiens, mais leur avenir sera meilleur dans une Syrie démocratique», a-t-il affirmé.

Il a enfin admis que les Occidentaux avaient «mal mesuré la férocité de ce régime, et de la personnalité même d’Assad». «On pensait qu’il y aurait davantage de défections et plus rapides», a dit M. Juppé.

Manifestations

Des milliers de Syriens manifestaient encore vendredi pour réclamer une «intervention militaire immédiate» des pays arabes et musulmans notamment, pour mettre fin à la répression sanglante du régime, selon des militants.

«Le peuple veut une intervention militaire, la chute du régime et l’armement de l’Armée syrienne libre (ASL)», ont scandé des milliers de manifestants dans plusieurs quartiers d’Alep (nord), la deuxième ville du pays, selon Mohammed al-Halabi, porte-parole des comités de militants sur place.

Alep, jusqu’ici peu touchée par la contestation, connaît désormais d’importants rassemblements hostiles au régime.

Alors que d’autres manifestations ont eu lieu à Homs (centre) et à Deraa (sud) pour réclamer la chute du président Bachar el-Assad, la télévision d’Etat a diffusé des images d’un rassemblement en son soutien à Damas.

Les militants pro-démocratie avaient appelé à défiler à travers le pays comme tous les vendredis, cette fois-ci sous le slogan «Intervention militaire immédiate des Arabes et des musulmans, puis du monde». Ils réclament également une «zone d’exclusion aérienne» ainsi qu’une «zone tampon» au sol afin d’établir des couloirs humanitaires.

Les pays du Printemps arabe contre toute intervention militaire étrangère

D’autre part les ministres des Affaires étrangères tunisien, égyptien et libyen ont réitéré vendredi lors d’une rencontre à Tunis la nécessité de résoudre la crise syrienne «dans un cadre arabe» et se sont prononcés contre toute intervention militaire étrangère dans ce pays.

«Nous sommes tous contre une intervention militaire en Syrie et nous voulons que le problème soit résolu dans un cadre arabe», a déclaré le ministre tunisien Rafik Abdessalem à l’issue d’une rencontre avec ses homologues égyptien Mohamed Kamel Amrou et libyen Achour ben Khayyal. «Il faut arrêter le bain de sang en Syrie», a-t-il ajouté, alors que des milliers de Syriens manifestaient vendredi pour réclamer une «intervention militaire immédiate» des pays arabes et musulmans pour mettre fin à la répression sanglante du régime.

Les ministres des trois pays du Printemps arabe qui ont renversé leurs régimes en 2011 se sont également entretenus de questions sécuritaires et judiciaires. «Les révolutions dans nos pays nous ont rapprochés, nous avons besoin d’échanger nos expériences», a souligné M. Abdessalem, en insistant également sur la nécessité d’améliorer les relations commerciales.

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