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GENÈVE samedi 14 janvier 2012

Impliqué dans une bagarre, Mark Muller est visé par une plainte

La rixe a éclaté dans une boîte de nuit à Nouvel An. Le conseiller d’Etat riposte avec une contre-plainte et dément toute violence

L’année commence mal pour Mark Muller. Le conseiller d’Etat genevois a été impliqué dans une rixe, le 1er janvier au petit matin, dans une discothèque genevoise et fait l’objet d’une plainte pénale. L’élu libéral a déposé une contre-plainte. Le Palais de justice confirme l’existence de l’affaire révélée hier par 20 minutes.

Le journal a recueilli le témoignage de l’«adversaire» de Mark Muller. Ce barman du Moulin à Danses (MàD) dit avoir surpris le magistrat à la sortie des toilettes du personnel de l’établissement, accompagné de la porte-parole de la discothèque, qui est par ailleurs militante du Parti socialiste. Une altercation verbale aurait suivi. Le barman aurait ensuite été attaqué et frappé plus tard dans la nuit par le conseiller d’Etat, qu’il n’aurait pas reconnu en tant que tel. Il serait resté une semaine durant en congé maladie. La porte-parole aurait été licenciée. Contacté, le MàD n’a pas donné suite à nos appels.

La version de Mark Muller diverge totalement: «Je me suis retrouvé nez à nez avec cet employé derrière le bar du MàD où j’avais été convié par une amie qui y travaille. Ce barman m’a insulté et je suis sorti sans répondre. Mon amie m’a suivi un peu plus tard, affirmant qu’il l’avait poussée et frappée. Il est alors sorti et je lui ai demandé des explications. Nous nous sommes empoignés. J’ai reçu un ou deux coups, mais n’en ai pas donné.» Le ministre était-il ivre? «Non, je n’avais bu que quelques verres, comme tout le monde le 31.» Le libéral n’entre pas en matière quand on lui demande dans quel but il se serait trouvé aux WC en galante compagnie. Il affirme avoir été bel et bien reconnu par le barman, et probablement visé personnellement. De façon analogue, il dit avoir été expulsé de l’Usine, un centre alternatif, il y a environ un an. «C’est comme si je n’avais pas le droit de sortir dans les lieux nocturnes», se plaint-il.

Au Palais de justice, on indique que la plainte du barman a été déposée le 6 janvier, tandis que celle du magistrat a été réceptionnée le 12. «Une plainte visant un conseiller d’Etat est toujours prise en charge par le procureur général, Daniel Zappelli. C’est aussi le cas s’il s’agit d’un policier», indique Vincent Derouand, porte-parole du troisième pouvoir. L’enquête préliminaire est confiée à l’Inspection générale des services, «la police des polices». La rumeur court que le ministre aurait tenté de faire pression sur le procureur général pour que l’affaire soit étouffée. «Je n’ai pas eu vent d’un tel élément», répond Vincent Derouand. «C’est ridicule», tranche le conseiller d’Etat. Comment explique-t-il le décalage temporel des deux plaintes? «Je ne sais pas», répond Mark Muller.

L’affaire ne tombe pas au mieux pour le libéral, qui a connu une année 2011 agitée à la suite des révélations sur les dysfonctionnements de la Gérance immobilière de l’Etat, dont il a la charge et, par ailleurs, sur le loyer modique dont il bénéficie lui-même pour son appartement. Le tout sur fond de pénurie de logements chronique. «Cet incident, intervenu dans le cadre de ma vie privée, est sans lien avec mon activité politique», se défend Mark Muller. Se représentera-t-il en 2013? «Je reste concentré sur mes dossiers, sans me préoccuper de cette échéance.»

Reste à savoir ce qu’en pensera son parti qui, officiellement, se refuse à tout commentaire. «C’est extrêmement gênant, admet pourtant sous cape un membre du PLR. Nous devrions pouvoir attendre une certaine dignité de la part de ceux qui occupent les plus hautes fonctions. On dirait une sous-affaire sexuelle. On a les Strauss-Kahn qu’on peut…»

Dans les partis concurrents, on reste prudent, mais l’épisode n’est pas jugé anodin: «Nous attendons que la justice fasse son travail, commente Lydia Schneider-Hausser, cheffe du groupe socialiste. Mais, s’il y a effectivement eu des actes de violence, cela sort du cadre privé. Ce n’est pas la première petite affaire qui concerne Mark Muller. Ce n’est pas un foudre de guerre et son bilan en termes de logement n’est pas révolutionnaire. S’il voulait s’affaiblir politiquement, il ne s’y prendrait pas autrement.» Président du Grand Conseil, l’écologiste Pierre Losio se dit «sous le choc» et s’inquiète pour l’image de la classe politique: «Si les accusations sont avérées, cela aura des répercussions. Tout cela est peu réjouissant à une époque où les institutions sont souvent prises à la légère.»

D’ordinaire assez prompt à dégainer les exigences de démission, le président du MCG, Eric Stauffer, vole au secours du libéral: «Je ne lui jette absolument pas la pierre. Ce n’est pas parce qu’on est conseiller d’Etat qu’on ne peut pas sortir le soir et se défendre quand on est attaqué.» Et de souligner que la Suisse est «le seul pays du monde qui n’offre aucune espèce de protection aux personnages publics exposés.»

Dans un communiqué diffusé vendredi soir, le Conseil d’Etat a déclaré s’être réuni pour entendre Mark Muller sur les événements, avoir pris acte de ses déclarations et attendre désormais que la justice se prononce. «Pour éviter tout risque de confusion», le Conseil d’Etat a confié le dossier du relogement du MàD à Pierre-François Unger, suppléant de Mark Muller. (LT)

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