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dessin jeudi 26 avril 2012

Patrick Chappatte adopté par l’Oncle Sam

(Chappatte)

(Chappatte)

Collaborateur du «Temps», le Genevois a reçu hier soir le Prix du meilleur dessinateur de l’Overseas Press Club of America. Il raconte les différences de sensibilité des deux côtés de l’Atlantique

C’est l’un des prix les plus prestigieux aux Etats-Unis. Fondé en 1939, l’Overseas Press Club of America honore chaque année les journalistes méritants. Mercredi soir, Patrick Chappatte, dessinateur au Temps, a reçu la récompense de meilleur «cartoonist» pour son travail au sein du International Herald Tribune. Félicitations, et interview.

Le Temps: Etes-vous surpris par la remise de ce prix, heureux?

Patrick Chappatte: Oui, tout vient d’être dit; j’en ai les joues toutes rouges. Ces prix sont généralement réservés aux Américains. C’est la première fois que le club récompense un étranger et j’en suis particulièrement honoré. Je travaille depuis onze ans pour le Herald Tribune et, rien que ça, c’est déjà une chance.

– Comment a commencé cette aventure?

– J’ai vécu à New York à la fin des années 1990, je collaborais alors avec le New York Times comme illustrateur. De retour en Suisse, le Herald Tribune reprenait de temps en temps mes dessins de presse, qui lui étaient fournis par le biais d’une agence. J’avais très envie de travailler pour eux; la presse anglo-saxonne représente quand même un certain standard d’excellence. Eux, évidemment, n’avaient aucun intérêt à m’engager et à me payer beaucoup plus que leur abonnement à l’agence… J’ai rusé pour me faire recevoir dans les bureaux parisiens en août 2001. Le chef des pages opinions m’a expliqué pendant dix minutes pourquoi ils ne m’embaucheraient pas. Je lui ai répondu avec les arguments contraires; il a dit «OK, on essaie». C’est ce côté pragmatique que j’aime chez les Américains. C’est une chance incroyable de pouvoir donner sa vision du monde et même être critique vis-à-vis des Etats-Unis dans une presse généralement fermée.

– Y a-t-il des sensibilités différentes de chaque côté de l’Atlantique?

– Pas vraiment. Le Herald a le même type de lectorat que Le Temps , en plus international. La différence essentielle est liée à l’approche de l’actualité américaine. Les grosses ficelles qui font rire tout de suite en Europe – Bush avec un hamburger ou un chapeau de cow-boy – ne suffisent pas là-bas. Il me faut être plus imaginatif et très au courant de l’actualité américaine. Pour le reste, l’approche est la même. J’évite la tentation d’utiliser ­uniquement des codes imagés simples, plus facilement universels. J’aime jouer avec le texte. Mais je ne maîtrise pas toutes les cultures, or le International Herald Tribune est plus international qu’américain. J’ai croisé Bush avec Shiva dans un dessin, ça a provoqué une campagne de protestation venant d’Inde!

– Qu’en est-il du puritanisme?

– Il est plus important au Herald qu’au Temps . Lorsque j’ai dessiné Silvio Berlusconi dans une voiture avec des filles à moitié nues, ils m’ont fait enlever le soutien-gorge qui volait dans les airs. Quand un sein dépasse quelque part, ils me le recouvrent toujours!

– Vous arrive-t-il de proposer les mêmes dessins aux différents titres?

– Non, mais le Herald reprend parfois les dessins parus dans le Temps , comme Asterix-Sarkozy cette semaine [ndlr: notre édition du 23 avril]. Il y a des périodes où je m’arrache les cheveux, comme lors de la crise économique de 2008; pendant trois semaines, ce même sujet est revenu dans mes six dessins hebdomadaires, pour Le Temps , le Herald et la NZZ . Finalement, cela permet d’approfondir.

– La «NZZ» justement. Le fossé est-il parfois plus grand avec les Alémaniques qu’avec les Américains?

– Je n’irais pas jusque-là mais j’ai eu quelques surprises. Imaginer des montagnes langoureuses avec des ceintures de chasteté au moment de l’initiative sur les Alpes m’a valu une volée de bois vert des féministes zurichoises. Et quand j’ai dessiné un isoloir, ils m’ont dit qu’ils ne s’en servaient pas chez eux. C’est intéressant, parce que ce symbole est reconnu de Dubaï à Hongkong.

www.globecartoon.com
«100 Karikaturen»
, Chappatte, Editions NZZ Libro.
Présence au Salon africain du Salon du livre pour des échanges avec des dessinateurs ivoiriens, vendredi à 17h, samedi à 16h15 et dimanche à 12h45.

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