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Gestion de fortune lundi 28 septembre 2009

La banque privée suisse reste inégalée

Alfredo Piacentini*

La réalité contredit les pronostics pessimistes et notre place financière conserve la confiance de ses clients. La raison en est simple: le modèle de private banking suisse demeure inégalé.

La violence de la crise financière et les pressions sur le secret bancaire pourraient faire craindre un exode massif des fortunes privées et donc un avenir sombre pour les banques helvétiques. Pourtant la réalité contredit ces pronostics pessimistes et notre place financière conserve la confiance de ses clients. La raison en est simple: le modèle de private banking suisse demeure inégalé.

Il ne suffit pas de graver les mots «Private Banking» sur une plaque de laiton pour être capable, d’un coup de baguette magique, de répondre aux besoins d’une clientèle haut de gamme particulièrement exigeante. En effet, en matière d’investissement international, avant même d’entrer sur le terrain de l’analyse financière et de la stratégie d’investissement, il faut d’abord posséder d’importantes compétences au niveau administratif, avec une informatique capable de traiter plusieurs monnaies et différents usages de cotation, un réseau efficace de correspondants et de dépositaires, des équipes de back-office et de trading multilingues pour traiter dans le monde entier. Or, si la Suisse a développé ce savoir-faire depuis deux siècles déjà, l’ensemble de l’Europe n’a libéralisé l’investissement international que très récemment et a encore du retard à rattraper. D’autant plus que, du fait de taux d’intérêt historiquement élevés, de nombreux pays européens ont plutôt développé la gestion à revenu fixe que l’investissement diversifié.

La Suisse bénéficie également d’un avantage plus «soft» mais tout aussi important: le savoir-faire de ses conseillers à la clientèle, qui s’exprime par une véritable culture du service, une richesse multiculturelle ou encore une stabilité qui permet d’établir des relations à long terme. En Suisse, le métier de gérant de fortune a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse et a donc su attirer les têtes les mieux faites. De plus, le grand nombre de banques établies dans le pays constitue non seulement un vivier de compétences facilement disponibles mais crée de plus une véritable émulation, à travers l’aiguillon de la concurrence. La situation est bien différente dans les pays qui n’ont pas encore de tradition de banque privée et sont confrontés à un manque de professionnels expérimentés.

A l’étranger, du fait de la proximité avec le client, on a souvent privilégié une relation de type «advisory», dans laquelle le client prend la décision finale d’un placement et donc en endosse la responsabilité. A l’opposé, les banques suisses pratiquent traditionnellement la gestion discrétionnaire, où c’est le gestionnaire qui doit assumer les choix difficiles en tenant compte des souhaits de son client pour construire un portefeuille personnalisé. C’est ce type de gestion que les clients privés désirent et cherchent à retrouver dans leur pays de domicile. Malheureusement, comme les rouages d’une montre de qualité, cette compétence technique et humaine reste souvent invisible aux yeux du client qui n’en a ainsi pas toujours conscience, persuadé qu’une administration efficace et fiable va de soi. Il n’est donc pas rare que des clients, ayant quitté la Suisse pour tenter l’expérience, soient déçus du résultat et décident en fin de compte de revenir dans notre pays.

Bien entendu, la qualité du service ne peut compenser des résultats insuffisants. Or, si le public a parfois la perception que la gestion suisse manque de technicité ou de professionnalisme par rapport à la gestion anglo-saxonne, rien n’est plus éloigné de la réalité. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que les principales banques privées de notre pays ont une importante clientèle institutionnelle, qui dépasse souvent les 50% des actifs en gestion. Or, si elle choisit une banque suisse pour gérer ses avoirs, c’est clairement pour la compétence de gestion.

A ce sujet, rappelons que la Suisse est l’un des pays qui a la plus longue expérience en matière de gestion de fonds de pension, avec des performances souvent meilleures que ses concurrents. Les derniers résultats des fonds de pension publiés par l’OCDE pour les 10 premiers mois de 2008 montrent d’ailleurs un large avantage à la Suisse (-12,6% contre -22,7% pour la moyenne OCDE). Cette compétence est confirmée par l’EDHEC qui, dans une analyse des sociétés de gestion suisses, explique leur bon score par leur «véritable capacité à délivrer de l’alpha de façon significative et régulière à travers une très large gamme de produits». La même étude conclut que «la dimension offshore de la gestion active en Suisse est un atout important qui aboutit à ce que les produits suisses soient probablement les mieux disséminés en Europe». D’ailleurs, que ce soit sur 5 ou 10 ans, les fonds de placement suisses sont très bien placés dans les classements internationaux. Ainsi, dans les actions européennes comme dans la gestion mixte, 25% des fonds dans la 1re moitié des classements sont gérés par des banques de notre pays.

Ne nous méprenons pas: le fait que la Suisse ne se réduise pas au seul secret bancaire ne signifie pas pour autant qu’il faille l’abandonner. Au contraire, il faut le défendre activement, non pas par calcul économique mais parce qu’il est juste du point de vue moral. De même que les Anglais ont créé l’Habeas Corpus au XVIIe siècle pour éviter l’emprisonnement arbitraire, nous avons le devoir de protéger la sphère privée de chacun. Le faire, ce n’est pas protéger des criminels ou des fraudeurs, c’est simplement donner la priorité aux droits de l’individu, en exigeant de l’Etat qu’il démontre le bien-fondé de sa demande avant d’y répondre.

* Managing Partner
Banque SYZ & CO SA.

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