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théâtre mercredi 06 juin 2012

La force du dépouillement

«Cale sèche», au T/50, à Genève

Le théâtre romand est riche de tous ses possibles. Des textes denses et poétiques comme l’insolite Sainte dans l’incendie porté par Laurence Vielle, ces jours à Vidy-Lausanne (LT du 04.06.2012). Le beau parcours formel de Maya Bösch, vaste oratorio pour corps et voix à découvrir au Grü à Genève. Ou, à l’opposé, Cale sèche, spectacle réaliste, très Actors Studio et efficace dans son dépouillement, signé Stéphane Michaud au T/50 à Genève. Le théâtre romand est riche de tous ses possibles et c’est un privilège de traverser ces univers pleins et contrastés.

Cale sèche, justement, offre cette dimension de dépaysement. Avec ce texte écrit pour Jacques Probst et David Valère, Stéphane Michaud emmène le public en Louisiane. Un pays qui n’a pas seulement connu l’ouragan Katrina en 2005, mais aussi l’effondrement de la plateforme pétrolière Deep Water Horizon de BP en avril 2010. Un deuxième cataclysme qui a tellement impressionné l’auteur genevois qu’il a imaginé un duo-duel lié à cette catastrophe écologique.

Sur le plateau du T/50, dans un décor de rouille et d’eau, deux marins se mesurent. Victimes indirectes de l’explosion de la plateforme, ils se retrouvent au chômage technique. La pollution pétrolière rend impossible la pêche de sardines à proximité.

La solution peut venir d’un propriétaire de bateau qui cherche un capitaine capable de pêcher au large des côtes du Texas. C’est loin et dangereux, mais bien payé. Et Charlie, Jacques Probst parfait en marin travaillé par les ans et les éléments, est prêt à essayer. Sauf que Thélor, jeune matelot irascible, est aussi au rendez-vous fixé par le patron potentiel. Dans un duel classique où l’expérience de la vieillesse s’oppose à la fougue de la jeunesse, les deux comédiens s’affrontent au son des stridences d’Emmanuel Bouvier au saxophone.

L’intérêt du spectacle réside moins dans le texte, prévisible dans ses développements psychologiques – même si un coup de théâtre surgit à la fin –, que dans la place qu’il laisse aux comédiens. David Valère est Thélor. Aussi réservé et fuyant qu’il était fantasque et rayonnant dans Un Homme debout, magnifique solo réglé avec Stéphane Michaud. Face à lui, Jacques Probst déploie tout son talent de narrateur ébréché, de marin trop longtemps à quai et de baroudeur au grand cœur malade. Il est le pivot troublant de cette cale sèche, deux hommes aux abois dans un Etat en plein désarroi.

Cale sèche, au T/50, à Genève, jusqu’au 17 juin, 079 325 00 32, www.t50.ch

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