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attentats en france lundi 26 mars 2012

Le frère de Mohamed Merah «n’est pas du tout fier»

AFP

Plusieurs milliers de manifestants ont défilé dimanche à Paris dans une marche pacifique. (Keystone)

Plusieurs milliers de manifestants ont défilé dimanche à Paris dans une marche pacifique. (Keystone)

Abdelkader Merah, le frère aîné de l’auteur des tueries du sud-ouest de la France, a été mis en examen pour complicité d’assassinat et a passé sa première nuit en prison. Son avocate dément qu’il soit «fier» du geste de son frère, comme l’avaient rapporté des sources policières

Abdelkader Merah, le frère aîné de l’auteur des tueries du sud-ouest de la France engagé dans l’islamisme radical, a été inculpé dimanche pour complicité d’assassinats et écroué à Paris, tandis que des milliers de personnes en France ont défilé en hommage aux sept victimes.

Après avoir été présenté à un juge antiterroriste, Abdelkader Merah, 29 ans, «a été mis en examen conformément aux chefs requis par le parquet et placé en détention», a-t-on indiqué de source judiciaire. Le frère aîné de Mohamed Merah, 23 ans, qui a froidement abattu trois enfants et un enseignant juifs et trois militaires dans la région de Toulouse entre les 11 et 19 mars, a également été inculpé pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’acte de terrorisme et vol en réunion, selon cette source.

«Les investigations diligentées par les services de police ont permis d’établir à l’encontre d’Abdelkader Merah l’existence d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable sa participation comme complice à la commission des crimes en lien avec une entreprise terroriste», a expliqué le parquet.

«Pas du tout fier»

Peu après, son avocate, Me Anne Sophie Laguens, a déclaré que son client «réfute tous les chefs d’accusation portés contre lui», «condamne fermement» les actes de son frère dont «il n’est pas du tout fier» et espère «ne pas devenir le bouc émissaire» de ses crimes effroyables.

Une source policière avait indiqué samedi qu’au cours des auditions, Abdelkader Merah, 29 ans, réputé engagé de longue date dans l’islamisme radical, s’était dit «fier» des actes de son cadet, un délinquant reconverti en moudjahid passé par l’Afghanistan et le Pakistan et se réclamant d’Al-Qaida, a indiqué une source policière.

Sa compagne, avec laquelle il est marié religieusement, a en revanche été libérée sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle. Tous les deux avaient été interpellés mercredi chez eux près de Toulouse et placés en garde à vue.

Complice

Le tueur Mohamed Merah, 23 ans, était seul quand il a agi. Mais son frère était présent au moment du vol du puissant scooter avec lequel il circulait lorsqu’il a tué ses victimes. Il a aussi affirmé pendant sa garde à vue avoir accompagné son cadet chez le concessionnaire Yamaha où il s’était rendu le 6 mars pour demander en vain comment désactiver le système de géolocalisation du deux-roues. Selon une source policière, il a également fait, pour le compte de son frère, des achats, dont il reste à déterminer la nature.

Pour le moment, l’examen du contenu de ses ordinateurs n’a rien révélé de probant, et ni arme ni explosif n’ont été découverts à son domicile, selon la source policière.

Dans ses échanges avec les hommes du Raid (unité d’élite de la police) qui tentaient d’obtenir sa reddition, Mohamed Merah s’était efforcé de mettre son frère hors de cause, selon des enquêteurs cités par le Journal du Dimanche. «Il n’a pas arrêté de répéter qu’il n’avait pas confiance en son frère», ont-ils dit.

Mais un compagnon de cellule de Mohamed Merah a affirmé au même hebdomadaire que c’était au contraire lui qui avait «conditionné» le tueur. «Il lui a donné un CD avec des chants islamiques, des bruits de détonation, il écoutait ça à fond du matin au soir […] Selon un copain maghrébin, ça parlait de personnes égorgées, des âmes corrompues qui iraient en enfer, c’était insupportable», ajoute cet homme.

Abdelkader Merah était déjà connu des services de police comme un «salafiste et fondamentaliste religieux convaincu». Il était «apparu en 2007 comme impliqué» dans une filière d’acheminement de djihadistes en Irak, sans toutefois être inculpé.

Lors de ses aveux à la police, Mohamed Merah a exprimé pour seul regret d’avoir manqué «la rentrée des classes à l’école juive» Ozar Hatorah lundi dernier, ce qui lui aurait permis de tuer plus d’enfants, selon le JDD. La police a confirmé que le jeune homme, qui s’est longuement épanché sur ses actes sanglants, avait filmé ses tueries et préparé la diffusion des images sur Internet accompagnée d’une revendication.

Marche silencieuse à Paris

Dimanche, des milliers de personnes, le regard grave, une rose ou un drapeau français à la main, ont participé à des marches silencieuses à Paris, Toulouse et dans d’autres villes de France en hommage aux victimes et contre «contre le racisme, l’antisémitisme et le terrorisme».

«Nous marchons ensemble cet après-midi pour défendre des valeurs qui sont celles de la France que nous aimons: la solidarité, le respect du prochain, le souci de justice», a déclaré le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, à Toulouse.

«Il faut dénoncer ces crimes, le racisme et la récupération qui peut être faite de cet événement et mettre l’accent sur le vivre ensemble», commentait à Paris Patrick, un enseignant de 63 ans.

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