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états-unis jeudi 12 avril 2012

Le meutrier de Trayvon Martin finalement inculpé et écroué

Stéphane Bussard

Arrivée de George Zimmerman à la prison de Seminole en Floride, mercredi soir. (AFP)

Arrivée de George Zimmerman à la prison de Seminole en Floride, mercredi soir. (AFP)

Un mois et demi après les faits, George Zimmerman, le vigile bénévole qui a abattu le jeune Noir Trayvon Martin, a été appréhendé par la justice américaine. Il est poursuivi pour meurtre sans préméditation

C’est un tournant dans l’affaire Trayvon Martin. Mercredi soir, la procureure de l’Etat de Floride pour le secteur de Jacksonville, Angela Corey, a inculpé George Zimmerman, 28 ans, pour avoir tué le jeune Noir Trayvon Martin, 17 ans, qui était non armé, le 26 février dernier. L’inculpé a invoqué la légitime défense, se référant à la loi de Floride «Stand your Ground» autorisant un individu à recourir à la force et à tuer s’il se sent menacé de mort ou si son intégrité corporelle est menacée.

George Zimmerman est inculpé pour meurtre de deuxième degré, le plus haut chef d’accusation après le meurtre avec préméditation. Il encourt au maximum la prison à vie, au minimum 25 ans de détention. Cette inculpation intervient à un moment où l’affaire Trayvon Martin commençait à empoisonner les questions raciales aux Etats-Unis. Elle met fin à une longue attente de la communauté afro-américaine qui ne comprenait pas qu’on puisse laisser un tueur libre sans le soumettre à la moindre procédure pénale ou civile alors qu’il a tué quelqu’un. Pour la procureure Angela Corey, connue pour être «dure» et pour défendre même à l’excès le droit des victimes, l’affaire est à haut risque en raison des très fortes pressions médiatiques et politiques. Républicaine, elle a toutefois refusé mercredi d’accepter le reproche selon lequel la Justice de Floride aurait un biais racial: «Nous ne connaissons qu’une catégorie, en tant que procureurs, la catégorie «V». Ce n’est ni «B» (Black), ni «W» (White). Ce n’est pas «H» (Hispanic). C’est «V» pour victime», a-t-elle déclaré.

Né d’un père blanc qui fut juge et vétéran de la guerre du Vietnam et d’une mère immigrée péruvienne, adjointe d’un greffier à la Cour, tous deux désormais à la retraite, George Zimmerman officiait en tant que gardien volontaire pour la milice de surveillance Neighborhood Watch créée par les propriétaires du quartier de Sanford, au centre de la Floride. En ce 26 février, il appela le numéro d’urgence 911 pour signaler un individu «suspect». L’agent du 911 lui demanda de ne pas intervenir et de rester dans sa voiture. Il se mit néanmoins à suivre Trayvon Martin qui portait une capuche ce soir-là car il pleuvait. Peu après, une bagarre s’ensuivit à l’issue de laquelle George Zimmerman sortit son arme, un pistolet de calibre 9mm et tira à bout portant sur le jeune Noir.

L’affaire a réveillé de vieilles blessures et relancé le débat sur le profilage racial et la justice que la communauté afro-américaine considèrent comme fonctionnant parfois à deux vitesses.

George Zimmerman a lui, été arrêté mercredi soir et est entré dans la prison du comté de Seminole à 20h25. Pour l’heure, le chef d’inculpation ne lui permet pas de bénéficier d’une libération sous caution. Si la procureure Angela Corey a opté pour le deuxième chef d’inculpation le plus lourd, c’est aussi pour se laisser une marge de manoeuvre. Elle peut toujours redéfinir le crime en le qualifiant, en fonction des pièces à disposition, d’homicide. Cela peut aussi être une stratégie pour pousser George Zimmerman à plaider coupable. La justice devra aussi examiner si la loi «Stand your Ground» s’applique. Si le juge estime que George Zimmerman a agi conformément à la loi, l’affaire sera classée.

Cet article provient du blog de Stéphane Bussard, L’Amérique dans tous ses Etats

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