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Nanofluidique mardi 06 avril 2010

Abionic veut développer des tests d’allergies rapides et indolores

Nicolas Durand, fondateur d’Abionic. Les biopuces sont placées sur des supports en forme de CD. Insérés dans des lecteurs, ils permettent d’identifier certaines molécules de manière très rapide. Écublens, 30 mars 2010

Nicolas Durand, fondateur d’Abionic. Les biopuces sont placées sur des supports en forme de CD. Insérés dans des lecteurs, ils permettent d’identifier certaines molécules de manière très rapide. Écublens, 30 mars 2010

La start-up recherche des molécules spécifiques liées à certaines allergies. Sur chaque biopuce, un allergène est préalablement déposé. Lorsqu’une goutte de sang y est exposée, il produit un anticorps

Nicolas Durand prend un CD et l’insère dans un lecteur, apparemment anodin. Aucun son n’est pourtant émis. Il ressort le disque du boîtier et, à y regarder de plus près, on peut observer douze cavités sur lesquelles sont déposés des minuscules carrés de verre. «Il s’agit de puces contenant des canaux nanofluidiques», explique Nicolas Durand, fondateur d’Abionic, une start-up sélectionnée à la fin du mois de mars comme l’une des vingt entreprises gagnantes au Prix «Venture leaders», initié par l’Agence pour la promotion de l’innovation (CTI).

Ces canaux nanofluidiques sont façonnés grâce à des techniques de microélectroniques réa­lisées en collaboration avec les ­laboratoires d’optique biomédicale, de microsystèmes et de production microtechnique de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ces dispositifs, également appelés biopuces, contiennent plusieurs canaux dont les dimensions sont de l’ordre du nanomètre. Ils permettent d’étudier le transport de fluides à une échelle nanoscopique.

Abionic a eu l’idée de placer ce savoir-faire sur des supports en forme de CD et d’utiliser des lecteurs bon marché pour identifier certaines molécules de manière très rapide. «J’y ai pensé en revenant d’un week-end à Europa Park», souligne, avec sourire, son inventeur. Selon la société, il suffit d’introduire une goutte de sang diluée sur les puces pour que le fluide soit automatiquement dirigé dans les canaux.

Le CD est alors inséré dans le lecteur dont l’électronique et la tête de lecture ont été légèrement modifiées par Nicolas Durand et son collègue Iwan Märki. «Le laser de la tête de lecture excite les molécules recherchées qui émettent de la fluorescence en s’accrochant aux biomarqueurs, préalablement introduits dans le système, explique le jeune entrepreneur. C’est comme si sur un immense terrain de football, on parvenait à repérer un trèfle à quatre feuilles.»

Abionic recherche des molécules spécifiques liées à certaines ­allergies. Sur chaque biopuce, un allergène est préalablement déposé. Lorsque le sang y est exposé, il produit un anticorps afin de mener la lutte. Dans le corps humain, la réaction est identique en cas d’allergie: le système immunitaire combat quelque chose qu’il devrait normalement tolérer.

Actuellement, les tests pour identifier une allergie consistent essentiellement en l’introduction cutanée d’allergènes par une minuscule piqûre de moins d’un millimètre de profondeur. La réaction attendue est une papule plus ou moins large. «Ces batteries de tests sont relativement douloureuses et coûteuses, estime Nicolas Durand. Notre outil est moins invasif. Une seule goutte de sang suffit pour obtenir un résultat en quelques minutes seulement. Le patient n’a pas à retourner une deuxième fois chez son médecin pour obtenir les résultats.»

Abionic souhaite pour l’instant se concentrer sur dix allergènes principaux, à savoir différents pollens et l’arachide. «Le système n’a presque pas de limite. Sur un seul CD, nous pouvons déposer plusieurs centaines de biopuces qui permettent chacune de tester un allergène différent», précise l’ingénieur. La start-up, également finaliste du Trophée Perl, décerné par la promotion économique de la région lausannoise, vise aussi, mais dans un deuxième temps, la détection de molécules cancéreuses pour dépister, notamment, le cancer de la prostate de manière précoce.

Pour l’instant, la start-up en est encore à un stade très initial. Seul un démonstrateur a été réalisé. Un prototype devrait être terminé d’ici à la fin de l’année, réalisé en collaboration avec la Haute Ecole d’ingénieurs de Sion. Les tests sur les patients démarreront l’année prochaine et la commercialisation est déjà prévue d’ici à trois ans si le procédé convainc les autorités sanitaires et les médecins. «Nous souhaitons vendre le lecteur et les disques à des allergologues. Le prix du lecteur ne devrait pas dépasser les 1000 francs alors que chaque test devrait avoisiner les 18 francs», précise Nicolas Durand.

La fabrication des biopuces sera sous-traitée alors qu’Abionic se chargera du dépôt des allergènes, de l’assemblage et de la distribution des CD.

Le marché s’avère important. Les allergies, y compris alimentaires, ne cessent de progresser depuis le milieu des années 50. On recense actuellement plus de 100 millions de personnes qui en souffrent en Europe. Ces deux dernières décennies, il y a eu en­viron 30 à 40% d’augmentation d’allergies dites classiques (eczéma et rhinite allergique). Pourquoi un tel phénomène? Il n’existe pas de réponse absolue, mais la piste la plus probable serait liée à notre environnement modifié. Les enfants nés à la campagne seraient moins concernés que les citadins.

«Le marché du diagnostic des allergies in vitro était estimé à 3 milliards de francs en 2009 alors que le marché mondial du diagnostic était évalué à 40 milliards de francs, précise Nicolas Durand. Nous espérons être rachetés par un géant du diagnostic, tels Roche, Siemens ou Biomérieux. Mais pour l’instant, ils ont tout intérêt à nous laisser développer la technologie jusqu’à ce qu’elle fasse ses preuves.»

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