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états-UNis jeudi 01 mars 2012

Premier bilan: Obama, de l’inexpérience à l’action

Le plus grand changement que Barack Obama ait apporté semble être son élection elle-même, qui a révélé la capacité des Etats-Unis de dépasser le péché originel de s’être construits sur l’esclavagisme des Noirs. (AFP)

Le plus grand changement que Barack Obama ait apporté semble être son élection elle-même, qui a révélé la capacité des Etats-Unis de dépasser le péché originel de s’être construits sur l’esclavagisme des Noirs. (AFP)

Le premier président noir de l’Amérique a eu l’audace de réformer la santé et d’adopter une politique étrangère plus consensuelle. Mais il n’a pas transformé le pays tel qu’il le promettait durant sa campagne électorale de 2008

«Barack Obama est le président le plus dangereux de l’histoire des Etats-Unis.» Le battre lors de l’élection présidentielle du 6 novembre prochain est un «devoir pour notre sécurité nationale». Que le premier président noir élu en Amérique ne séduise pas le conservateur et candidat à l’investiture républicaine Newt Gingrich ne constitue pas une surprise. Mais depuis le discours galvanisant du successeur de George W. Bush à Grant Park à Chicago le 5 novembre 2008, quel est le bilan de Barack Obama?

L’exercice est difficile, tant il dépend de la capacité du président à gagner un second mandat. Un exemple? On a vite oublié les succès de Jimmy Carter (les accords de Camp David) et George H. Bush (première guerre du Golfe), les deux présidents apparaissant comme des losers pour ne pas avoir réussi à se faire réélire. Barack Obama, intellectuellement brillant, a séduit lors des premiers mois de son mandat présidentiel, puis il a déçu les libéraux (gauche), avouant lui-même qu’il avait vendu trop de rêves durant sa campagne électorale. Il a agacé ceux qui attendaient de lui davantage de fermeté pour concrétiser les mots en actes et pour contrer l’obstructionnisme républicain.

Changement et inexpérience

Le président n’a pas été un «game changer», il n’a pas transformé radicalement l’Amérique. L’argent domine toujours outrageusement la politique, les institutions sont régulièrement paralysées par les blocages du Congrès et l’économie, convalescente, est dans un état fragile. Le plus grand changement que Barack Obama ait apporté semble être son élection elle-même qui a révélé la capacité des Etats-Unis de dépasser le péché originel de s’être construits sur l’esclavagisme des Noirs. En arrivant à la Maison-Blanche, Barack Obama est d’emblée confronté à une crise dont la gravité rappelle la Grande Dépression. Ex-conseiller du président Bill Clinton et chercheur à la Brookings Institution, William Galston porte néanmoins un regard critique: «L’administration n’a pas pris la pleine mesure de la situation. Si, en janvier 2009, Barack Obama avait tenu un discours à la Churchill présentant au public la dure réalité de l’économie américaine, il aurait construit sa présidence sur une tout autre base.»

A cela s’ajoute l’inexpérience du président. Barack Obama arrive à la Maison-Blanche sans l’expérience d’un exécutif. Dans une période où la situation nécessitait des décisions rapides sur la manière d’éviter un effondrement de l’économie, de réguler Wall Street, de coopérer avec les républicains du Congrès.

Au poids de l’inexpérience s’est ajouté le manque de réseau. Douze ans gouverneur d’Arkansas, Bill Clinton avait développé un incroyable réseau. Barack Obama a dû intégrer d’anciens «clintoniens» dans son équipe. Ce fut un atout, mais aussi un handicap: ces conseillers ont eu tendance à apporter les mêmes recettes des années 1990 dans un environnement très différent. Inexpérience, manque de réseau: la courbe d’apprentissage du président, disent des proches, a été toutefois rapide.

Politique intérieure
et économie

Face à une crise d’une rare acuité, les critères d’évaluation de sa politique économique sont forcément difficiles. Ex-journaliste au Wall Street Journal, Ron Suskind relève dans son ouvrage Confidence Men, consacré aux deux premières années de Barack Obama à la Maison-Blanche, que ce dernier a fait montre d’une gestion lacunaire de son équipe économique. Résultat: le plan de relance de 800 milliards de dollars a certes créé des emplois, mais mal ficelé et mal utilisé par les Etats, il a été peu efficace. A l’exception du plan de sauvetage de l’industrie automobile qui a permis à General Motors de redevenir le numéro un mondial du secteur. La régulation de Wall Street, matérialisée dans la loi Dodd-Frank, s’est avérée un compromis un peu boiteux.

L’un des plus grands succès de politique intérieure de Barack Obama est sans doute la réforme de la santé qui a permis d’étendre une couverture santé à 30 millions d’Américains supplémentaires. Hormis Bill Clinton en 1993 dont la réforme connut un cuisant échec, aucun président n’avait osé s’atteler à la tâche depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais le succès est fragile. Il dépend d’un avis de la Cour suprême sur sa constitutionnalité et de… la réélection de Barack Obama. Les républicains sont en effet prêts à abroger la loi au plus vite. Maintenue, la réforme pourrait passer pour l’une des grandes avancées sociales de l’après-guerre aux côtés des réformes majeures de la Great Society des années 1960. Dans le cas contraire, elle sera classée dans le tiroir des grands projets sans lendemain.

Politique étrangère

Une photo prise dans la Situation Room de la Maison-Blanche avait marqué le monde entier et le plus grand succès de politique étrangère d’Obama: la mort d’Oussama ben Laden, tué par les Marines à Abbottabad au Pakistan. A l’actif du président et de sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton, il y a aussi l’image revalorisée de l’Amérique grâce à un retour au multilatéralisme. Sans être audacieuse, la politique de la Maison-Blanche vis-à-vis des révoltes arabes a été plutôt bien perçue. Dans les relations sino-américaines, Washington a su combiner «le discours de la force et du soft power».

La remise des compteurs à zéro avec la Russie a changé la dynamique avec Moscou même si le controversé bouclier antimissile et la propagande électorale anti-américaine en Russie semblent dire le contraire. Sur le front des guerres, le retrait d’Irak accompli à la fin 2011 et celui d’Afghanistan (fin 2014) valent à Barack Obama de tenir ses promesses. Mais cet apparent succès pourrait se retourner contre l’Amérique. Aucun des problèmes combattus par Washington dans les deux pays n’a été résolu.

Et l’Iran? Ce pourrait être l’invité surprise de la campagne. La politique de la main tendue d’Obama a échoué. L’escalade des tensions pourrait jouer un mauvais tour au président candidat, comme le Pakistan avec lequel les relations sont exécrables. Quant au conflit israélo-palestinien, l’Amérique d’Obama est restée plus en retrait que jamais.

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