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défilés mercredi 07 mars 2012

Les belles centristes

Céline. Collection dessinée par Phoebe Philo pour l’automne-hiver 2012-2013. (DR)

Céline. Collection dessinée par Phoebe Philo pour l’automne-hiver 2012-2013. (DR)

Les défilés féminins pour l’automne 2012 battent leur plein à Paris. Zooms, aujourd’hui, sur les designers qui prennent Hollande et Sarko à contre-pied

Il était 10h27, lundi, quand on a vu passer, au défilé Stella McCartney, le plus joli bijou de la semaine: une parure de cou dorée dépassant tout juste d’un col, comme le ferait une discrète collerette plissée.

Ce bijou presque secret, prenons-le pour symbole de la mode des années 2010: l’idée que le vêtement, même de luxe, n’est plus fait pour épater les badauds mais pour plaire aux initiés. Que le froufroutant, le blingblingant et l’extravagant sont obsolètes. Que ce qui est moderne, ce n’est pas l’exception mais la règle, pourvu que celle-ci soit légèrement dévoyée… Il y a les vêtements qui déguisent ceux qui les enfilent, qui leur offrent des rôles nouveaux, qui les décentrent. Et il y a les habits qui recentrent leurs propriétaires. Alors que, dehors, dans toute la France en campagne présidentielle, Sarkozy surfe sur l’idéologie de l’extrême droite et que Hollande se déporte à gauche, la mode française, elle, joue la carte du centre. Et c’est ce qui la rend belle, très belle. Et si chic.

Une couverture de luxe,
un pantalon de gaucho

La preuve chez Hermès où Christophe Lemaire signe sa collection la plus réussie. Une couverture (splendide, bien sûr, on est ici au sommet du luxe), une couverture, donc, ceinturée et portée aux épaules, au-dessus d’un pantalon de gaucho. Des bottes. Plus loin, des tuniques de peaux, des chemises de cuir. Des imprimés cravate qui jouent, très joliment, sur la grandeur de leurs motifs (plus petit sur les bas ou les gants). Et une série de manteaux à tomber à la renverse, comme celui qui est en photo, sur cette page. Et si Lemaire avait trouvé le chemin entre l’obéissance aux codes Hermès et une coolness dont il fut le champion? Le juste milieu?

La marque Céline, depuis qu’elle a été reprise par Phoebe Philo, est pour beaucoup dans le retour de ce minimalisme qui ne dit pas son nom. Cette fois, zéro défilé, pour cause de bébé sur le point de naître. Phoebe et son staff reçoivent de manière non cérémonielle. Ce qui n’empêche pas la collection, formidable, de confirmer son rang de leader d’opinion et de goût. On retient les manteaux amples aux aisselles et aux hanches, aiguisés mais curvy, reconduits dans des jeux de géométrie colorée. L’alternance du cuir et du simili (quel culot!). Les fourrures très colorées, rose, rouge, fauve, sans tomber dans le cupcake. Les tuniques ou les sweats en cuir. Les pantalons amples et zippés. Les sinuosités. Les escarpins dorés dont le talon, épais, semble monté sur néoprène blanc. Le sac promis à être un nouveau it-hit: une pochette sévère mais si juste. Des foulards capables, c’est dire, de déniaiser le genre.

Imprimés médiévaux

De la quête de l’équilibre à la banalité, il n’y a souvent qu’un faux pas. Comme chez Sonia Rykiel qui vient d’être rachetée par le chinois Li & Fung où le consensus accouche d’une collection diluée et morne. Comme chez John Galliano où trop de calme balisé ne suscite plus rien, sauf des robes à la cuisse vulgaire.

Pour finir, deux collections qui font de l’équilibre un tremplin. Chez Carven, où la silhouette toujours délicatement ciselée et perchée s’allège avec des imprimés picturaux médiévaux ou se leste sous les manteaux masculins. Et chez Stella McCartney, en vague de sérénité, où la campagne et la ville, le sport et le soir précieux semblent faire de la balançoire.

Prochain rendez-vous: vendredi, chez Givenchy, Chanel, etc.

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