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théâtre mardi 12 juin 2012

La bête est en nous, partout

En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir des Landes?Marielle Pinsard n’a jamais eu le titre timide (Comme des couteaux, Pyrrhus Hilton, Nous ne tiendrons pas nos promesses), mais la metteur en scène vaudoise se surpasse ici avec cette dernière création qui est d’ailleurs aussi atypique dans son mode de production

En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir des Landes? Marielle Pinsard n’a jamais eu le titre timide (Comme des couteaux, Pyrrhus Hilton, Nous ne tiendrons pas nos promesses), mais la metteur en scène vaudoise se surpasse ici avec cette dernière création qui est d’ailleurs aussi atypique dans son mode de production. Dans ce spectacle de l’Arsenic à l’affiche de Kléber-Méleau, l’artiste associe comédiens romands et comédiens africains pour interroger la part d’animalité qui est dans l’homme partout. Mieux, la troupe a travaillé en Afrique, au Bénin et au Burkina Faso, afin de s’initier aux rites vaudous. Le résultat? Un spectacle joliment inventif et absurde, souvent saisissant dans ses images, mais jamais aussi dérangeant que les précédentes salves de Marielle Pinsard qui accrochaient crûment les travers et autres misères de l’Occident.

Vaudou vaudois. Et si la proximité des termes disait quelque chose de la part sauvage du canton romand? Marielle Pinsard ne renierait pas une telle piste, elle qui a tenu à aborder la question de la différence de manière aussi décloisonnée que possible. De fait, sa princesse (Julie Cloux), qui raconte en mots piratés La Belle et la Bête pour finir nue en scène, la robe violemment aspirée vers l’arrière, introduit un spectacle qui, telle une promenade de 13 stations en Absurderie, ne se refuse aucune excentricité. Ni Eve (Fiama-Mari Camesi) naissant dans le même collant qu’Adam (Valerio Scamuffa) et jouant avec lui au football en utilisant la pomme de la connaissance. Ni Le Lac des cygnes, version plumes et goudron, qui évoque aussi bien la schizophrénie de Black Swan que le classicisme occidental plus essoufflé, semble-t-il, que son homologue africain.

Le problème se situe précisément là. Marielle Pinsard égratigne avec toujours autant de santé nos formalismes étriqués. Sa recension du vocabulaire de la Bible où la femme est moins citée que l’âne fait mouche. En revanche, on la sent moins à l’aise pour bousculer les formalismes d’Afrique. Sans doute parce que le public d’ici ne possède pas les référents permettant de saisir le décalage. Mais, du coup, les séquences africaines, parades d’oiseau et danse zouk, apparaissent plus décoratives, moins personnelles que les coups de griffe locaux. Ceci, même si la metteur en scène ironise sur nos préjugés, du «bon sauvage» au «rythme dans le sang». Pas facile d’hybrider un ton, une signature sans perdre en percussion.

En quoi faisons-nous compagnie…?, l’Arsenic au Théâtre Kléber-Méleau, à Renens, jusqu’au 15 juin, tél. 021 625 84 00,
www.kleber-meleau.ch

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