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décès de steve jobs vendredi 07 octobre 2011

Les objets qui ont fait l’histoire d’Apple et soudé ses fans

Alexis Georgacopoulos, directeur de l’ECAL et designer, analyse cinq produits-cultes

1984, le premier Macintosh

«Aujourd’hui, cet ordinateur peut paraître un peu désuet, mais il est révolutionnaire si on le compare aux IBM ou à d’autres marques de l’époque. Certaines fonctions étaient déjà novatrices, comme le lecteur de disquette ainsi que l’écran placé dans un boîtier unique. On retrouve aussi certaines caractéristiques de l’iMac, qui sortira 15 ans plus tard, soit un boîtier qui intégrait tout. L’autre révolution vient de la taille, de la forme épurée. Autrement dit, une surface plate avec une fente pour y insérer une disquette. Le clavier pouvait même se glisser sous l’écran, ce qui permettait de gagner de la place. Le premier Macintosh symbolisait aussi le début des souris reliées à une interface graphique. Il n’avait rien à voir avec les ordinateurs de la concurrence, qui avaient la taille d’une armoire. Cet objet n’était pas intimidant, il était sobre.»

1998, l’iMac

«L’iMac était étrange. En l’achetant, on ne savait pas vraiment si c’était un ordinateur ou une télévision. On était bluffé au départ, car aucun ordinateur ne comportait du plastique coloré, voire transparent, dans sa seconde version. Cet objet constituait une rupture totale avec les ordinateurs beiges ou noirs. La poignée à l’arrière permettant de le transporter était aussi novatrice. Même si elle n’a pas été beaucoup utilisée, elle évoquait déjà une jeunesse en mouvement. Pour la première fois, les haut-parleurs et un lecteur DVD étaient intégrés dans un ordinateur. Le côté «user friendly», soit la possibilité de brancher l’ordinateur et de pouvoir directement l’utiliser, était novateur. L’iMac constituait le début d’une rupture complète d’Apple avec les produits concurrents. Elle était le fruit de l’engagement de Jonathan Ive, un designer qui a contribué à repenser la totalité des produits Apple.»

2001, l’iPod

«L’objet en soi n’était pas extravagant. Blanc, assez fin, on ne savait pas vraiment s’il s’agissait d’une télécommande ou d’un appareil médical. Mais l’intérieur de l’objet a constitué bien plus une avancée. Le coup de génie a été l’inter-opérabilité, soit la possibilité de synchronisation entre les différents appareils. Le premier iPod était uniquement consacré à l’écoute de la musique, avec un écran à cristaux liquides noir-blanc novateur pour l’époque. Il a constitué la base des modèles suivants, qui permettent de visionner des films, de voir des agendas. La taille modeste de l’appareil était aussi une prouesse technologique. Jonathan Ive a souligné s’être inspiré de Dieter Rams, responsable du design de Braun entre 1961 et 1995. Beaucoup de créations d’Apple y font référence, et Jonathan Ive ne s’en cache pas. Les iPod ressemblent beaucoup à des radios Braun. La mollette ronde est commune aux appareils des deux marques.»

2007, l’iPhone

«Nous étions arrivés au point où tous les fabricants de téléphones portables multipliaient les fonctions en rajoutant simplement des touches. Au contraire, Apple est arrivé sur le marché avec un appareil muni d’une seule touche ronde et d’un écran qui devient noir lorsqu’il s’éteint. Cet objet ressemble un peu à une savonnette, il n’est pas très viril et on ne s’imagine pas que c’est un téléphone portable connectable à un ordinateur. Or, cela constitue une révolution. L’iPhone a remplacé l’agenda, l’appareil photo, le carnet d’adresses de manière très performante par rapport à la concurrence. Dans le design, les arrondis sont le seul élément graphique de cet objet épuré à l’extrême. Il devient quelque chose par l’absence de design, pour ainsi dire. Cela rejoint un des dix commandements de Dieter Rams: «Good design is as little design as possible.»

2010, l’iPad

«Contrairement aux produits précédents, je ne suis pas sûr que l’iPad soit vraiment révolutionnaire dans son design. Son lancement me semble presque davantage lié au marketing. L’iPad est une sorte de croisement entre un grand téléphone et un petit ordinateur portable. La partie intéressante de cet appareil est l’accès immédiat à l’écran, sans clavier. Le design est comparable à celui de l’iPhone mais, par sa taille, il remplace en quelque sorte le porte-documents dans son étui. C’est d’ailleurs le seul accessoire développé par Apple pour l’un de ses produits. Que ce soit l’iPad, l’iPod et l’iPhone, ils ont donné naissance à une gamme parallèle d’objets satellites, d’accessoires, ce qui constitue du jamais vu. De nouvelles marques sont apparues. Sans Apple, leurs produits n’ont pas d’existence.»

Propos recueillis par Daniel Eskenaz

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