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sports de combat lundi 26 mars 2012

Face à la cage, le grand frisson tutoie les célébrités

Le tournoi de Mixed Martial Arts a attiré 2000 personnes, samedi. (Eddy Mottaz)

Le tournoi de Mixed Martial Arts a attiré 2000 personnes, samedi. (Eddy Mottaz)

Les duels à l’Arena ont attiré des stars. Le spectacle repousse les limites de l’humain

Samedi soir, l’Arena s’est muée en temple de la douleur. La plus grande salle polyvalente de la région, qui accueillait un spectacle de combat ultime (Strength & Honor Championship), n’a – étonnamment d’ailleurs – moins tremblé que lors d’un concert. Face à la cage, le public a comme retenu son souffle. Une poignée de célébrités a fait le déplacement, comme l’attaquant vedette de Chelsea, Didier Drogba, et ses coéquipiers William Gallas et Florent Malouda. Un copié-collé de ce qui se fait aux Etats-Unis, où il n’est plus une seule manifestation de mixed martial arts (MMA) qui ne se déroule sans la présence de people hollywoodiens exaltés. En exclusivité cette année, le poids lourd brésilien Antonio Rodrigo Nogueira, une légende vivante du combat en cage, a été convié à la soirée. Visite guidée en compagnie du seul VIP – venu à Genève inaugurer une série de montres (39 900 francs pièce) – qui circuler sans gardes du corps.

A vue de nez, 2000 personnes (près du double qu’en 2011) ont assisté à cette 5e cuvée genevoise de MMA, ce sport spectacle décrié sous nos latitudes et interdit en France. L’événement a réuni un public hétéroclite, dont des représentants de la presse chinoise et du Service des sports genevois – en la présence du directeur adjoint, Michael Kleiner, pour qui la manifestation avait des airs de round d’observation. Les règles du show à l’américaine sont simples: un contre un, trois reprises de cinq minutes. Ici comme outre-Atlantique, la lutte se déroule dans un ring octogonal grillagé de 9 m2. Une mise en scène destinée à pimenter à l’extrême un spectacle déjà fortement ébouriffant. Debout, tous les coups sont permis. Au sol – car le combat se poursuit une fois les adversaires à terre –, le protocole est un peu plus épuré: les coups de coude ou de genoux portés au visage sont proscrits, tout comme les «penalties», technique non autorisée consistant à dégager la tête de son adversaire avec le pied. Toute autre offensive comme les torsions articulaires sont admises, jusqu’à la luxation ou l’abandon.

Certains affrontements ont fini dans le sang. D’autres pas. Décontracté, «Minotauro» observe sans sourciller. Pourquoi faites-vous du MMA? «Pourquoi pas.» C’est quand même violent, non? «On s’affronte à la loyale, entre professionnels. Il y a du respect. Les risques sont connus et consentis. Pour un pratiquant, l’agression est un sentiment marginal. On ne se fait pas des petits coups par-derrière comme au football.» La star de l’équipe britannique de Chelsea, Didier Drogba, n’a, elle, pas perdu une miette du spectacle. «C’est quand même brutal, observait-il. Il faut être passionné pour prendre autant de risques.»

A quelques mètres de là, un athlète balkanique projette furieusement ses poings emmitouflés sur son opposant. Il est dos au sol. L’adversaire lui enfonce un coude dans la mâchoire, avant de plonger le poing fermé en visant la tempe. Touché, le cuir se met à saigner. Le combat ira jusqu’à la limite. Comment fait-on pour durer dans le MMA? «Grâce à de bons thérapeutes, plaisante Rodrigo Nogueira. L’entourage est aussi primordial. Mais j’ai un autre secret: je monte dans la cage par amour pour ce sport, jamais pour l’argent.» Votre salaire? «Ma première bataille, je l’ai disputée gratuitement. Je n’ai pas à me plaindre, un champion de l’UFC (Ultimate Fighting Championship, la fédération la plus connue au monde) est payé entre 2 et 3 millions de dollars.» En novembre dernier, lors de l’UFC 144, Rodrigo Nogueira a perdu son combat contre Franck Mir. Son adversaire a tenté de lui luxer l’épaule avec ses jambes. Bilan: humérus fracturé. Vous auriez pu abandonner? «Jamais. Je n’abandonne jamais», signale celui qui projette de se retirer du circuit d’ici à deux ans.

Le MMA connaît ses limites. Patrick DeCaro, l’un des arbitres titulaires de l’événement, a sa propre théorie. «C’est violent que quand c’est mal arbitré. En revanche, les spectateurs peuvent se montrer virulents, ce qui donne parfois une impression d’excès.» Comme l’a montré hier soir une partie du public genevois, huant à gorge déployée un athlète qui affichait sur sa peau ses opinions d’extrême droite, notamment par une gigantesque croix celtique écourtée, surmontée d’un aigle romain stylisé façon IIIe Reich.

Plutôt que de choquer, ces marques indélébiles ont un court instant galvanisé l’assistance: «Démonte-le!» ont scandé certains, lors du rituel d’avant-cage consistant, pour un lutteur, à se faire badigeonner le nez et les arcades sourcilières de vaseline. Tout autour, la musique claquait comme les coups à venir. Bilan de la soirée? Une dizaine d’interventions, pour des cas relevant de la «bobologie». «Essentiellement des coupures au visage et quelques nez cassés, rien de très impressionnant», indique le docteur Elie Badaoui, médecin officiel de la manifestation. Phénomène de société, le combat en cage dénombre aujourd’hui plus de 300 millions de fans dans le monde. Quel avenir à Genève? «Il manque un grand champion, un ambassadeur auquel le public suisse puisse s’identifier», conclut Rodrigo Nogueira. Un Federer de la cage, en somme.

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