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recession samedi 18 septembre 2010

Un Américain sur sept vit sous le seuil de la pauvreté

44 millions de personnes luttent pour payer leurs dettes et pour manger

On était en 1964, et le président Lyndon Johnson déclarait, dans un célèbre discours, la guerre à la pauvreté, en tentant ainsi de faire approuver par le Congrès ses programmes visant à développer un Etat social. Nous sommes en 2010. Et, pour la première fois, le nombre d’Américains vivant sous le seuil de pauvreté a dépassé en chiffres absolus ce précédent historique, qui avait culminé à la fin des années 1950. Plus de 44 millions d’Américains sont désormais placés sous cette barre, luttant pour payer leurs dettes et pour manger à la fin du mois. Pratiquement un habitant sur 7. Un bond de 4 millions supplémentaires en une seule année.

Les effets de la «Grande Récession» sont apparus au grand jour avec la publication, jeudi, d’un rapport officiel du Bureau du recensement américain. L’augmentation du taux de pauvreté est particulièrement frappante au sein de la population d’origine hispanique (2,1% en un an), tandis qu’elle se situe autour de 1,1% pour les Blancs et les Noirs américains. Dans son ensemble, le revenu moyen des ménages a stagné durant la dernière décennie, pour s’établir à 49 800 dollars l’année dernière (tous les chiffres concernent l’année 2009). En termes réels, le revenu a chuté de 4,8% depuis l’année 2000.

Augmentation en vue

Le rapport révèle aussi que près de 51 millions d’Américains ne disposent pas d’assurance santé, soit 5 millions de plus que l’année précédente. Un chiffre sans précédent, tandis que l’administration de Barack Obama parvenait l’année dernière à faire passer au Congrès un texte rendant désormais cette assurance obligatoire. Jusqu’à présent, aux Etats-Unis, l’assurance santé était très souvent payée par l’employeur et donc liée à un travail. Perdre l’un, c’est automatiquement perdre l’autre.

Selon la chercheuse Isabel Sawhill, qui commentait ces chiffres sur le site de la Brookings Institution pour laquelle elle travaille, le nombre de pauvres va encore s’accroître ces prochaines années. Etablissant des projections sur l’emploi et constatant la forte corrélation entre pauvreté et chômage, la chercheuse prédit que 16 Américains sur 100 passeront bientôt sous la barre. Au total, estime-t-elle, la récession aura rejeté dans cette catégorie quelque 10 millions d’adultes et 6 millions d’enfants.

Il n’est pas rare, désormais, que la famille restée au Mexique ou au Guatemala envoie de l’argent pour aider les immigrés latinos partis aux Etats-Unis. Le niveau de pauvreté a été fixé à un revenu annuel brut de moins de 10 830 dollars pour une personne seule et de 22 050 dollars pour une famille de quatre personnes. Mais les chiffres du Bureau du recensement ne tiennent pas compte des millions de familles qui s’entassent maintenant dans le même appartement, incapables de se payer un logement séparé.

Fin des largesses fiscales

En outre, notent les auteurs du rapport, il faudrait ajouter encore des millions de pauvres supplémentaires si n’était l’expansion de certains programmes sociaux décidée ces derniers mois. Le nombre de personnes tributaires de tickets d’alimentation a également explosé, concernant aujourd’hui un adulte sur sept et encore davantage d’enfants.

Dans ses commentaires, Isabel Sawhill plaide pour l’établissement d’un réel «filet de sécurité» pour ces millions de personnes dans la nécessité qui n’ont pratiquement aucune chance de retrouver un emploi dans le court terme. Des études montrent que, lors des trois récessions précédentes, le taux de pauvreté n’a commencé à décroître qu’une bonne année après que le nombre de sans-emploi commence à se stabiliser.

Ces chiffres tombent alors que le principal débat économique se centre aujourd’hui sur l’ampleur du déficit budgétaire et sur les moyens de le résorber. Mais ils s’inscrivent aussi dans la polémique qui a surgi autour de la baisse des impôts décidée par George Bush pour les Américains les plus fortunés. Ces largesses fiscales doivent en théorie arriver à expiration à la fin de l’année, mais les élus républicains tentent de les prolonger pour une période indéfinie. Elles concernent 4% de la population et représentent une économie de 700 milliards de dollars pour les Américains les plus riches.

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