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opinions mercredi 14 mars 2012

Lobbying: la Métropole lémanique commence à exister

Patrick Eperon

Les cantons de Vaud et Genève ont connu une éclipse de dix ans sur la scène fédérale. Ils commencent à s’organiser et à récolter les points d’un lobbying plus marqué. Il faut que ce mouvement se renforce: il en va de la vitalité du deuxième pôle économique national, en retard marqué d’investissements

Après dix ans d’éclipse sur la scène fédérale, les cantons de Vaud et Genève marquent des points. Il s’agit maintenant de disposer d’un groupe d’action permanent pour promouvoir les infrastructures rail-route de l’Arc lémanique.

La crise économique des années 1990 et le départ tardif du Conseil fédéral d’un Jean-Pascal Delamuraz affaibli, début 1998, ont marqué le commencement d’une éclipse du canton de Vaud sur la scène politique fédérale d’environ dix ans. Cette disparition historiquement anormale n’a pas été comblée par l’élection de Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral, en 2003, la République et canton de Genève ayant traditionnellement beaucoup de peine à sortir de ses murs, en particulier en direction de Berne. De ce fait, les deux plus grands cantons de Suisse romande n’ont guère pesé sur la prise de décision fédérale en matière d’investissements majeurs. L’exemple le plus cruel de cette éclipse lémanique réside dans le programme relatif aux grands projets ferroviaires, adopté à la fin des années 1990 et qui s’est résumé, pour l’essentiel, au percement des tunnels ferroviaires transalpins du Gothard-Ceneri et du Lötschberg, entre le canton de Berne et le Haut-Valais.

La croissance démographique et économique spectaculaire des cantons de Vaud et Genève, depuis une petite décennie, a heureusement permis à l’Arc lémanique de récupérer les fondements de la place qui est la sienne au sein de la Suisse moderne. La renaissance d’un pôle politique lémanique incombe quant à elle à Pascal Broulis et François Longchamp, respectivement présidents des Conseils d’Etat vaudois et genevois et initiants, en 2009, de l’accord Vaud-Genève en matière de transports. Cet accord, axé notamment sur la promotion de la fameuse «3e voie CFF Lausanne-Genève», a constitué en effet la première étape de la mise en place d’un lobbying lémanique.

Les organisations économiques vaudoises et genevoises (Chambres de commerce genevoise et vaudoise, Fédération des entreprises romandes Genève et Centre Patronal) ne s’y sont pas trompées, puisqu’elles ont immédiatement proposé un Comité de soutien intercantonal pour cet accord. La création du Comité rail-route Vaud-Genève, ouvert à tous les élus des deux cantons s’engageant à soutenir la réalisation de l’ensemble des infrastructures ferroviaires et autoroutières listées dans l’accord susmentionné, a constitué la deuxième étape de la mise en place d’un lobbying lémanique. Par ailleurs, la création de ce comité a représenté la première forme concrète de collaboration intercantonale – en dehors d’economiesuisse et de l’USAM – des principales organisations économiques vaudoises et genevoises.

La création d’une entité lobbying «Métropole lémanique», fin 2011, à la suite de la mise en place d’une collaboration étroite et régulière aussi bien entre les différents services concernés du canton de Vaud et de la République et canton de Genève, qu’entre ces derniers et le Comité rail-route animé par les organisations économiques vaudoises et genevoises, était donc parfaitement logique et tout sauf anecdotique. L’intérêt marqué de représentants de divers milieux économiques suisses (alémaniques) à l’annonce de la création officielle de la «Métropole lémanique» est à ce titre très révélateur, après des années où la mention de la 3e voie Lausanne-Genève suscitait, au mieux, un sourire complaisant.

De fait, le lobbying lémanique commence à exister. Les autorités fédérales ne s’y sont pas trompées, comme le prouve l’inscription du développement des infrastructures ferroviaires entre Lausanne et Genève, d’une part, et celle du contournement autoroutier de Morges, d’autre part, dans la liste des priorités des différents programmes fédéraux. Même la non-inscription, pour l’heure, de la traversée du lac, à Genève, dans le schéma directeur autoroutier suisse, a contribué, paradoxalement en apparence, à renforcer la collaboration entre les différents services concernés du canton de Vaud et de la République et canton de Genève, ainsi qu’entre ces derniers et le Comité rail-route.

Loin donc de se décourager, il faut structurer au plus vite ces liens sous la forme d’un groupe d’action permanent, afin de renforcer la promotion des infrastructures de transport du deuxième pôle économique de Suisse auprès du parlement fédéral, de la métropole zurichoise et des organisations faîtières ayant un lien avec la mobilité. La mise sur pied de ce groupe d’action, prévue dans l’accord relatif à la «Métropole lémanique», est urgente à plus d’un titre. Premièrement, parce que le traitement parlementaire des programmes ferroviaires et autoroutiers a débuté et, deuxièmement, parce que nombre de décideurs alémaniques ignorent tout simplement que notre métropole, qui rassemble d’ores et déjà quelque 1,5 million d’habitants (en comptant la partie française du Grand Genève), verse davantage d’argent au ménage fédéral qu’elle n’en reçoit.

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