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Loisirs mercredi 28 mars 2012

Les Caraïbes dans mon jardin

Pierre Bratschi Santiago

La plus grande piscine du monde, selon le Livre Guiness des records. Construite par la société Crystal Lagoons, elle mesure mille mètres sur cent. (Reuters)

La plus grande piscine du monde, selon le Livre Guiness des records. Construite par la société Crystal Lagoons, elle mesure mille mètres sur cent. (Reuters)

Les piscines géantes se multiplient grâce au procédé de traitement d’eau d’une société chilienne. En Egypte, un projet de bassin de 100 hectares

«Vivre toute l’année au bord d’une plage des Caraïbes où que vous soyez!» Ce slogan, éculé depuis des lustres, semble pour une fois se rapprocher de la réalité. En réussissant à maîtriser le traitement de l’eau de piscines de plusieurs centaines de mètres, la société chilienne Crystal Lagoons a transformé le rêve de beaucoup de citadins en réalité. «Il n’y a plus aucun projet immobilier d’envergure au Chili et dans bien des pays avec lesquels nous travaillons qui n’inclut pas une de nos lagunes artificielles», s’exclame fièrement Matias Goldsmith, le directeur commercial de Crystal Lagoons.

Le succès foudroyant du premier complexe de résidences secondaires bâti en 2007 autour de la «plus grande piscine du monde» a en effet occasionné un engouement sans pareil chez les promoteurs du monde entier. Un succès amorcé en partie grâce à la citation de Crystal Lagoons par le Livre Guiness des records pour avoir inauguré la plus grande piscine du monde à San Alfonso del Mar, petite station balnéaire sans charme, située à une centaine de kilomètres de Santiago sur les bords du Pacifique. Une annonce qui a provoqué un déferlement médiatique inimaginable. Matias Goldsmith exhibe fièrement les centaines d’articles consacrés à sa piscine de mille mètres sur cent. En moins de cinq ans, 180 projets ont été mis à l’étude ou sont déjà en cours de réalisation dans plus de 45 pays, jusqu’en Espagne, en France ou en Roumanie, pour un investissement total de 100 milliards de francs.

«Les Chiliens peuvent enfin profiter pleinement de leur littoral», assure le dépliant de la société. Peu de côtes dans le monde sont en effet aussi frustrantes que les côtes chiliennes, elles possèdent des plages magnifiques, sont ensoleillées à souhait, mais l’eau est froide, très froide, le courant de Humboldt empêchant le thermomètre de monter au-dessus de 17 degrés en plein été.

«Lorsque j’ai commencé il y a une dizaine d’années, tout allait mal, se souvient Fernando Fischmann, le créateur de Crystal Lagoons. L’eau de la piscine devenait verte et dégageait une odeur nauséabonde, les plaintes des propriétaires s’accumulaient et peu à peu associés, employés, collègues et amis m’ont abandonné.» L’entrepreneur chilien se retrouve donc rapidement seul pour résoudre un problème que les experts du monde entier jugeaient impossible à résoudre. Comment entretenir une piscine de 10 hectares et de 3 mètres de profondeur sans pour autant devoir déverser plusieurs camions de chlore par jour et sans devoir construire une batterie de filtres dévoreurs d’énergie. Cinq ans d’étude auront été nécessaires au biochimiste chilien pour parvenir à ses fins: la plus grande piscine du monde possède une eau cristalline, propre et tempérée dans un endroit où il ne viendrait à personne l’idée d’installer ne serait-ce qu’une cabane de plage.

Deux ans plus tard, en 2009, Fernando Fischmann est déclaré entrepreneur de l’année dans son pays, sa compagnie connaît une croissance exponentielle et installe des bureaux à Dubaï, aux Etats-Unis, à Singapour et bientôt en Europe. Le succès est tel qu’il fait rapidement breveter son procédé dans 160 pays, «avec raison» déclarera Bloomberg, car l’agence financière estime qu’à l’horizon 2030 plus de 14 000 piscines géantes pourraient être construites.

Mais qu’ont-elles de si extraordinaire ces piscines pour déclencher cette envie mondiale de plages et de cocotiers à domicile? «Nos lagunes diffèrent des piscines par le traitement de l’eau», explique Matias Goldsmith. Un capteur sensible à la charge bactérienne et au degré d’acidité de l’eau (pH) est placé tous les 10 mètres carrés. A San Alfonso del Mar par exemple, ce ne sont pas moins de 12 000 capteurs qui sont ainsi placés sur le pourtour et le fond de la lagune. Ces capteurs commandent directement à des petites buses des micro-injections de chlorine pour la désinfection et de lime pour le maintien du pH. Quant aux algues vertes et malodorantes, elles sont détruites grâce à un système d’ultrason. Résultat, la lagune de San Alfonso utilise autant de produits chimiques et d’énergie qu’une piscine olympique traditionnelle. L’Unesco a d’ailleurs octroyé à Crystal Lagoons le Prix Technologie verte en 2010, considérant la technique mise au point écologique et durable.

«Peu importe la qualité de l’eau, sourit malicieusement Matias Goldsmith, ça peut être de l’eau de mer, de l’eau douce ou même de l’eau saumâtre des nappes des déserts comme c’est le cas en Egypte.» L’Egypte, siège du projet le plus fou, 30 000 appartements, une piscine de 100 hectares au milieu du désert. «Nous ne nous sommes pas installés au bord de la mer, la plage est bien assez belle. Non! Nous sommes à quelques kilomètres de la côte au milieu du désert, là où le terrain ne vaut absolument rien», exulte le directeur commercial.

«Ici c’est de l’eau de mer», explique Siegfried Grimau à la barre de son vaporetto. Le gérant de San Alfonso del Mar conduit lui-même les clients de leur appartement au restaurant. Son canot moteur d’une dizaine de places assure le transport sur la lagune, un canot qui peut même proposer du ski nautique. «Il faut faire attention aux nageurs, aux planches à voile, aux kayaks et également aux plongeurs, c’est plus simple sur le Pacifique», sourit le guide. En pleine saison la piscine grouille de monde, l’eau est à 26 degrés, elle est limpide et calme. Les plages ombragées par de vrais palmiers sont de sable blanc, un sable qui, une fois sec, ne colle pas à la peau. Un peu plus loin, à une trentaine de mètres, une autre plage, mais vide celle-ci. Les vagues sont énormes et dangereuses, l’eau glacée et trouble, le sable jaune et collant, comme toutes les plages du Pacifique de la Terre de Feu à l’Equateur .

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