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Fribourg mardi 03 mars 2009

Le surprenant séjour de trois Nord-coréens

Sous l’égide de la DDC, trois dignitaires du régime sont venus étudier le fédéralisme suisse

«C’est vrai que c’est assez étonnant.» Marie-Thérèse Maradan Ledergerber ne peut masquer sa surprise. Comme l’a appris Le Temps, la conseillère communale (exécutif) de la Ville de Fribourg a été honorée, la semaine dernière, d’une visite peu banale. Durant trois quarts d’heure, elle a expliqué les fondements de la démocratie helvétique à une délégation composée de trois ressortissants de Corée du Nord. L’un des Etats les plus fermés du monde, lequel vit sous la poigne de fer du régime de Kim Jong-il.

En fait, ces trois hommes étaient les hôtes de l’Institut du fédéralisme de l’Université de Fribourg. A la demande de la Direction du développement et de la coopération (DDC), celui-ci a organisé un séjour pour leur permettre d’étudier le fédéralisme suisse, explique Eva Schmassmann, collaboratrice scientifique auprès de l’institut. Faisant partie de l’appareil diplomatique nord-coréen, ces trois personnages sont membres d’un certain «Institut pour le désarmement et la paix». Ils arboraient fièrement à leur boutonnière une épinglette aux couleurs de leur pays, avec une effigie de Kim Il-sung, le père de Kim Jong-il.

«Cette visite s’intègre dans tout un programme. Il ne faut pas oublier que nous sommes l’un des rares pays à entretenir des contacts avec la Corée du Nord», note Andreas Stauffer, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères. La DDC y est active de longue date, à dessein d’«améliorer la production alimentaire et de soutenir un processus de réforme de la politique intérieure». Le séjour d’étude en terre fribourgeoise s’inscrivait dans ce cadre-là. D’une durée de dix jours, il s’est achevé hier.

Tour de Suisse

«Cette délégation souhaitait étudier notre fédéralisme pour voir s’il était possible de l’adapter à la réalité coréenne. Ses membres ont en effet l’espoir de parvenir à une réunification des deux Corées par une solution de ce type», relève Eva Schmassmann.

L’Institut du fédéralisme leur a donc fait découvrir les subtilités du génie politique helvétique. «Ils ont visité des autorités cantonales et municipales, dans les Grisons, à Saint-Gall, Appenzell Rhodes-Intérieures, Argovie, le Valais et Fribourg.» Dans ce dernier lieu, ils ont eu affaire à Marie-Thérèse Maradan Ledergerber, ainsi qu’à la secrétaire générale du Grand Conseil, Monica Engheben.

Toutes deux leur ont explicité les trois échelons du fédéralisme helvétique (communal, cantonal et fédéral), ainsi que la séparation entre pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. «J’ai décrit notre mode d’élection au Grand Conseil, sa composition partisane, son rôle ainsi que celui des formations politiques. L’un des Coréens parlait parfaitement le français. Il traduisait aux deux autres, qui prenaient des notes. Ils m’ont posé quelques questions. Par exemple, ils voulaient savoir si les partis disposaient d’un nombre de sièges prédéfinis au Grand Conseil. J’ai dû leur expliquer que ceux-ci étaient déterminés en fonction des suffrages», raconte Monica Engheben.

Marie-Thérèse Maradan Ledergerber, quant à elle, a notamment souligné que le parlement et l’exécutif de la Ville de Fribourg pouvaient, le cas échéant, être en désaccord. Mais, «visiblement, ce genre de considération les dépasse», sourit-elle.

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