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transports samedi 18 février 2012

Ces compagnies aériennes entre vie et trépas

Faillites et immobilisations de flotte se multiplient. La faute, en partie, au kérosène. Malev a cessé ses activités. Spanair aussi. Air Australia cloue ses avions au sol

De très vives turbulences. Les compagnies aériennes doivent faire face à un environnement qui se péjore presque chaque jour. «Le cocktail est explosif en ce moment. Avec des prix du kérosène qui se rapprochent des pics historiques atteints en 2008, des problèmes de surcapacités, des grèves à répétition, l’arrivée de nouveaux acteurs, des perspectives économiques moroses et des tensions géopolitiques [ndlr: Iran]», détaille Yann Derocles, analyste chez Oddo Securities.

Philippe Roy, spécialiste aéronautique et ancien porte-parole de l’Aéroport de Genève, ajoute à ces facteurs la concurrence des «low-cost» et des compagnies du golfe Persique, «aux coûts d’exploitation significativement inférieurs». Yann Derocles met d’emblée en garde: s’il n’y a pas une rapide détente des tarifs du carburant, les immobilisations de flotte et les faillites risquent de se multiplier. Et, de fait, la compagnie australienne à bas coûts Air Australia s’est placée vendredi sous administration judiciaire et a suspendu tous ses vols. Il y a deux semaines, c’est le transporteur hongrois Malev qui a cessé ses activités après 66 ans d’existence. Etouffé par 300 millions d’euros de dette, Spanair a déposé le bilan fin janvier.

C’est que la facture de kérosène, en hausse de 15% sur un an, peut porter le coup fatal à des compagnies déjà exsangues par ailleurs. Il y a cinq ans, le pétrole représentait entre 20 et 25% des charges d’un transporteur. Une part qui s’élève désormais entre 30 et 35%, voire 40% pour Ryanair. En moins de dix ans, ces coûts ont quasiment doublé. Pour 2012, l’Association internationale du transport aérien (IATA) prévoit que l’aviation devra faire face à 32 milliards de dollars de dépenses supplémentaires liées à l’or noir.

Si certaines compagnies mal en point ne disparaissent pas, elles devront surtout leur salut à la prochaine vague de consolidation du secteur. L’assureur-crédit Euler Hermes prévoit ainsi de nouveaux rapprochements ou rachats dans le transport aérien en Europe. Le spécialiste estime que la compagnie Lot en Pologne, CSA en République tchèque ou TAP au Portugal font partie des transporteurs menacés.

La première intéresserait Turkish Airlines et Lufthansa, maison mère de Swiss, et IAG, holding de British Airways et Iberia, aurait des vues sur TAP.

Même les bons élèves ne sont pas épargnés. A l’instar de l’australienne Qantas, qui a annoncé jeudi quelque 500 suppressions de postes après une chute de 83% de son bénéfice net, plombé par la flambée des prix du carburant et un conflit social qui lui a coûté des dizaines de millions de dollars. D’autres coupes suivront. Pour sa part, Swiss cherche à réduire ses coûts.

100 avions livrés par mois

Paradoxe de cette situation, la demande, elle, semble se maintenir, de nombreux aéroports ou compagnies ayant annoncé des records de fréquentation. «C’est l’offre qui est par contre nettement trop abondante. Chaque mois, 100 nouveaux appareils sont livrés aux compagnies aériennes. Elles n’arrivent pas à les remplir», selon Yann Derocles. Le spécialiste escompte toutefois une croissance de 1,7% pour le secteur cette année. Mais tout le monde n’en profitera pas, loin de là. Surtout que, rappelle Philippe Roy, même dans les bonnes années, les compagnies ne dégagent qu’une rentabilité très limitée, dans un secteur pourtant très gourmand en capitaux. Sur dix ans, la branche a connu cinq exercices déficitaires.

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