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high-tech samedi 18 février 2012

Apple est sous forte pression, malgré le premier audit externe de ses usines en Chine

(Reuters)

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L’examen des conditions de travail de milliers d’employés de Foxconn a démarré. L’auditeur est accusé de collusion avec Apple

C’est sur un iPad que 35 000 collaborateurs de Foxconn ont commencé cette semaine à répondre à un questionnaire sur leurs conditions de travail. Réunis par groupes de trente, les employés chinois du sous-traitant d’Apple sont audités durant trois semaines par la Fair Labor Association (FLA). Jamais Apple n’avait autorisé un auditeur externe à venir inspecter ses usines de production de Mac, d’iPhone et d’iPad. La décision annoncée lundi par le fabricant était une première. Mais insuffisante pour éteindre des critiques qui se sont multipliées cette semaine. D’autant que la FLA est accusée de connivence avec la firme dirigée par Tim Cook.

L’affaire des conditions de travail précaires des sous-traitants d’Apple est relancée fin janvier par une série de reportages du New York Times . Dans le détail, le quotidien évoque, chez Foxconn, des horaires de travail à rallonge, la présence d’enfants sur les chaînes d’assemblage, des dortoirs bondés et l’utilisation de produits toxiques. Le lundi 13 février, Apple réplique: la firme annonce qu’elle devient membre de la FLA et qu’elle la mandate pour un audit immédiat de ses sous-traitants. Mardi, Tim Cook prend la parole: oui, Apple prend ces problèmes très au sérieux, il y a une tolérance zéro pour le travail des enfants, et le code de conduite de la société interdit des semaines de plus de 60 heures de travail. Le directeur d’Apple défend son audit 2012 publié en janvier, arguant que, sur plus d’un demi-million de personnes travaillant pour Apple, les règles étaient respectées dans 84% des cas. Détaillé, le rapport fait tout de même par exemple état de tests de grossesse imposés à des employées dans 24 usines.

Mercredi, les inspecteurs de la FLA arrivent à Shenzen. Immédiatement leur président, Auret van Heerden, parle aux médias. Il évoque des «usines de première classe», des «conditions nettement au-dessus de la moyenne». «Les problèmes ne sont pas l’intensité, le burn-out ou la pression que vous avez dans une usine d’habits. Il s’agit plutôt de monotonie, d’ennui ou peut-être d’aliénation.»

Des propos qui font bondir Scott Nova, directeur de Workers Rights Consortium: «Je suis stupéfait que la FLA donne son blanc-seing à l’une des usines violant le plus de droits, basé, apparemment, sur une visite guidée réalisée par le propriétaire», dit-il au New York Times.

Autre souci: des représentants de Nike et Adidas siègent au sein du conseil de la FLA. «Même si la FLA est souvent trop proche des entreprises, c’est tout de même un progrès qu’elle ait été mandatée par Apple, car cette dernière a été très critiquée pour son opacité et sa culture du secret. De plus, des universitaires œuvrent au sein de la FLA», relève Chantal Peyer, responsable de la campagne «High tech – No Rights» de Pain pour le prochain et Action de Carême. Et de poursuivre: «Mais, en parallèle, Apple fait de grands effets d’annonce alors qu’ils ne sont pas toujours pionniers, HP formant par exemple depuis 2009 des employés chinois à leurs droits.» Chantal Peyer insiste sur un autre point: «Il faut qu’Apple baisse la pression sur ses sous-traitants lors de ses appels, sachant que, pour un téléphone à 500 dollars, la main-d’œuvre lui coûte moins de 10 dollars. Entre satisfaire ses clients et respecter les droits des travailleurs, Foxconn fait vite son choix.»

Les résultats de l’audit de la FLA seront disponibles pour mars. En attendant, vendredi, Foxconn a annoncé une nouvelle hausse générale des salaires de 16 à 25%, la troisième depuis 2010. Le salaire d’un employé junior de Shenzhen passe ainsi à 1800 yuans (290 dollars) par mois. Il y a trois ans, le montant était de 900 yuans.

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