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GENÈVE mardi 17 janvier 2012

Mark Muller joue sa tête face à son parti en proie au malaise

Mark Muller en conférence de presse, ce samedi 14 janvier. (Eddy Mottaz)

Mark Muller en conférence de presse, ce samedi 14 janvier. (Eddy Mottaz)

La fronde contre le conseiller d’Etat grossit au PLR. Entre autres critiques, on reproche aussi à l’élu d’avoir sous-estimé un possible conflit d’intérêts

L’ambiance sera à la psychothérapie de groupe ces prochains jours au sein du Parti libéral-radical genevois. Le comité directeur évoquera ce mardi matin les récents démêlés du conseiller d’Etat Mark Muller, impliqué le 1er janvier au petit matin dans une bagarre avec le barman d’une discothèque genevoise. La même affaire du Moulin à Danses (MàD) fera l’objet de déclarations jeudi soir lors de l’assemblée générale du parti. «La présidence escompte des explications complémentaires de Mark Muller», indique le député Jacques Jeannerat au sujet de la séance de mardi. Sur cette base, elle établira ce qu’elle juge acceptable ou non. Il y a actuellement un malaise au sein du PLR.

Dimanche soir, après avoir auditionné le magistrat, la présidence du PLR a publié un communiqué stipulant qu’elle prenait l’affaire «très au sérieux» et qu’elle attendait «des conseillers d’Etat un comportement irréprochable et digne en toutes circonstances». On a déjà vu soutien plus franc que ce texte aussi lapidaire que glacial. «L’heure n’était pas aux propos lénifiants», explique le député libéral Pierre Weiss. Le ton du communiqué reste modéré si on le compare à certaines confidences cinglantes. Pour les plus critiques, la seule chance de Mark Muller, s’il ne démissionne pas, est de renoncer dès ce mardi à se représenter l’an prochain.

Président du PLR, Alain-Dominique Mauris appelle à s’en tenir aux éléments factuels. Joint au Brésil lundi, il compte nouer un dialogue avec la base, alors que le PLR entame ces jours sa réflexion sur la stratégie à suivre pour les élections cantonales de l’automne 2013. La nouvelle affaire survient dans un contexte d’autant plus sensible que le PLR est encore en train de digérer la fusion entre libéraux et radicaux, scellée il y a moins de huit mois dans un climat tendu. «Il est fort difficile de rassembler les gens quand de tels éléments amènent la division», avoue Alain-Dominique Mauris. Dans les rangs radicaux, on raille l’incapacité des libéraux à débusquer des candidats viables et leur propension à savonner la planche de leurs propres élus.

Militants et stratèges du nouveau parti doutent fort de pouvoir garder, en 2013, les trois sièges gouvernementaux détenus par François Longchamp, Isabel Rochat et Mark Muller. Le premier, d’origine radicale, ne suscite pas d’inquiétude avec son image de bon élève. En revanche, les deux libéraux sont en position délicate, avec les difficultés que rencontre Isabel Rochat dans la gestion de la police et les scandales à répétition qui éclaboussent un Mark Muller désormais vu comme un handicap pour le parti.

Un climat de compétition s’est instauré entre les deux «cancres» qui ont chacun leurs supporters. L’accumulation de bévues, ou de faits ressentis comme telles, mène plusieurs libéraux à juger Mark Muller «fini politiquement». Avant l’affaire du MàD, les errements de la Gérance immobilière cantonale et son modique loyer personnel ont défrayé la chronique. Mais il est peut-être plus grave encore que Mark Muller se soit mis les communes à dos avec le plan directeur cantonal qu’il promeut. La difficulté du magistrat à canaliser discrètement les aléas de sa vie privée «fait jaser».

Pour l’heure, la seule conséquence politique de l’affaire du MàD est que Mark Muller ne gère plus le dossier du déménagement de cette discothèque. Fâché d’avoir été averti tardivement, le gouvernement l’en a dessaisi vendredi soir au terme d’une longue séance. «Si aucune plainte n’avait été déposée, il aurait continué à traiter le dossier sans voir de conflit d’intérêts», grogne un libéral.

Mark Muller ne s’est pas présenté, jeudi dernier, à une séance tripartite réunissant le dancing, la Ville et l’Etat. Le même jour, il déposait plainte contre le barman du MàD. Le lieu festif doit bientôt quitter ses locaux voués à la démolition. Selon Rémy Pagani, magistrat de la Ville de Genève, une solution est à bout touchant dans un édifice propriété de l’Etat, rue du Diorama.

Etait-il opportun de la part de Mark Muller de s’afficher au MàD, flanqué d’une employée de cette discothèque, alors qu’il avait la charge d’un dossier crucial pour l’établissement? Le MàD a-t-il profité de cette apparente proximité avec un ministre dont il était dépendant pour sa survie? Rémy Pagani, qui n’a pas l’habitude de voler au secours de Mark Muller, estime que tel n’est pas le cas: «Je ne vois pas quel avantage l’une ou l’autre partie aurait pu tirer, répond l’élu d’Ensemble à gauche. C’est moi qui maîtrise le dossier depuis près d’un an.»

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