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Les 20 ans de Maastricht mercredi 08 février 2012

La mise en garde de Jacques Delors

(John Thys/AFP)

(John Thys/AFP)

L’ancien président de la Commission européenne rappelle que l’Union a des obligations sociales

C’est en «historien» que Jacques Delors a choisi, mardi à Bruxelles, de parler des vingt années écoulées depuis la signature du Traité de Maastricht, le 7 février 1992. Le moment était approprié, alors que la Grèce était paralysée par une grève générale et que l’hypothèse de sa sortie de l’euro a été relancée par plusieurs déclarations. Sur fond de polémique autour de l’intransigeance budgétaire incarnée par le futur traité sur «l’Union pour la stabilité» que 25 pays de l’Union européenne sur 27 (Royaume-Uni et République tchèque) devraient signer en mars prochain.

Un «grand échec»

Premier point de l’exposé de l’ancien président de la Commission, la faute du Traité de Maastricht, portant sur la création de l’Union économique et monétaire et de l’euro (lancé, lui, le 1er janvier 1999), est d’avoir négligé le nécessaire rapprochement des politiques économiques. «L’euro n’a pas stimulé l’économie. C’est son grand échec, a-t-il expliqué, après avoir déjeuné avec l’actuel président de l’exécutif communautaire José Manuel Barroso. La monnaie unique a protégé l’Union de ses bêtises, en masquant pendant des années les divergences sous des taux d’intérêt uniformes.»

L’analyse est connue. Mais Jacques Delors a des raisons personnelles de le regretter. Il avait, en 1997, proposé aux Etats membres un pacte de coordination des politiques économiques destiné à être le pendant du fameux «pacte de stabilité». En vain: «L’erreur funeste a été de ne regarder que les comptes publics, et de ne pas faire de différence entre les dépenses courantes et les dépenses d’investissement», a déploré à ses côtés l’ancien ministre belge des Finances Philippe Maystadt, qui négocia le Traité de Maastricht. «L’Europe s’est aveuglée elle-même.»

Second point de l’exposé de Jacques Delors: la nécessité pour l’UE de prêter attention aux questions sociales. Dès 1993, a-t-il rappelé, le comité des gouverneurs de banque centrale réunis autour de lui pour accoucher de la monnaie unique avait proposé d’ajouter, comme critères, le taux de chômage des jeunes et le chômage de longue durée. «Nous avons sans cesse fait des tentatives pour parvenir à un équilibre entre les facteurs économiques et les indicateurs monétaires», a-t-il poursuivi. Sans succès, comme le montre, selon lui, l’exemple des restructurations en Grèce.

«Je souffre»

«Il faut impérativement que la troïka (Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) cesse de diviser et tienne compte des possibilités des Grecs. Je souffre et je suis très inquiet quand je vois que l’on explique à ce pays comment mourir guéri.» L’intervention d’un syndicaliste grec affirmant que les partenaires sociaux helléniques ont adressé des courriers au gouvernement d’Athènes proposant un donnant-donnant de réformes contre un maintien des salaires pour protéger le pouvoir d’achat a révélé les dessous peu connus des négociations en cours. «Mon conseil, face à la crise actuelle, m’a été dicté par mes années à batailler avec les Etats membres, a conclu Jacques Delors: en Europe, le comment faire est inséparable du que faire.»


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