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Vie numérique mercredi 25 janvier 2012

Yo-yo socialiste sur Hadopi

François Hollande a une nouvelle fois entretenu l’ambiguïté sur l’après-Hadopi. (AFP)

François Hollande a une nouvelle fois entretenu l’ambiguïté sur l’après-Hadopi. (AFP)

François Hollande a mis fin cette semaine à plusieurs mois d’obscurantisme socialiste sur les questions numériques. Le candidat PS à l’élection présidentielle française prône le remplacement pur et simple de la loi Hadopi. Par quoi? Personne ne sait

Cela avait tout l’air d’un «je vous ai compris» à la Nicolas Sarkozy adressé à la communauté geeks. Au Bourget (Seine-Saint-Denis), dimanche 22 janvier, pour lancer la dernière ligne droite de sa campagne à l’élection présidentielle française, François Hollande s’est fendu d’un discours-fleuve sur l’après-Hadopi, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet mise en œuvre sous la mandature de Nicolas Sarkozy.

Sur cette question, le socialiste, souvent critiqué pour son manque de précision quant à son programme politique, a brillé par son ambiguïté. Esquissant tantôt un sourire aux acteurs de l’économie numérique (Google), tantôt un «je t’aime» au monde culturel, François Hollande a dit tout et son contraire. Une valse-hésitation pour ne pas froisser d’une part les producteurs et auteurs, de l’autre les internautes. Qu’a voulu dire Hollande? Personne ne sait. Enfin pas de manière certaine.

François Hollande a sous-entendu son désir d’abroger la loi Hadopi purement et simplement, qu’il accuse de ne pas avoir «rapporté un sou aux artistes» et d’avoir «opposé la création et le public». Abrogation? Euh non, Hollande a dit remplacement. Le socialiste revient quelques jours plus tard sur ses déclarations sentant bien qu’il s’attire les foudres des majors.

Va pour le remplacement. Mais par quoi? «Une loi sur l’exception culturelle» pardi, soit l’idée d’une licence globale qui ne dit pas son nom. Quel contenu, quels objectifs, quelle méthode? François Hollande ne se mouille pas ou peu. Il abat une nouvelle fois la carte du consensus au risque de décevoir. Une indécision qui fait bouillir Nicolas Sarkozy, artisan d’Hadopi.

Le président sortant s’est dit «sidéré» par les déclarations de François Hollande. «L’absence de courage, c’est vous, les créateurs, qui allez la payer», a-t-il lancé. Nicolas Sarkozy a de son côté appelé à plus de réglementation. «La culture n’a pas à souffrir de la déréglementation du monde nouveau. Veut-on absolument, par absence totale de courage politique, appliquer le même modèle (que la finance) à la culture? Je m’y refuse».

Nicolas Sarkozy fait la girouette. A l’heure de dresser la politique numérique du président sortant, on peine à oublier un début de mandature marquée par une approche paniquarde du Web, qui a conduit à la mise en œuvre d’Hadopi. Puis on se surprend à voir le président tout sourire chez Google, le 6 décembre 2011, lors de l’inauguration des locaux parisiens de la firme américaine. Bref, on n’y comprend plus rien.

Le match dure depuis cinq ans. Et c’est Marine qui risque bien de remporter la partie. Là où l’UMP et le PS tergiversent, la frontiste développe un programme numérique clair. Elle adopte une posture de défenseur du Net. En résumé: Hadopi, Loppsi 2, Traité Acta, et toutes autres tentatives du gouvernement pour restreindre la liberté des internautes, elle n’en veut pas. Et plaide pour la mise en place d’une licence globale. Rien de neuf. Mais à défaut de se perdre dans des contradictions, Marine semble garder le même cap. Hollande et Sarkozy sont prévenus.

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