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Police vendredi 30 septembre 2011

Le chef de la PJ fédérale piégé par l’amour

(Keystone)

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Michael Perler est provisoirement suspendu de ses fonctions. Le Tribunal administratif fédéral juge qu’il représente un danger pour la sécurité. Motif: il a emmené sa nouvelle compagne lors d’un voyage de travail en Russie alors qu’il exerce une fonction hautement sensible

Il traquait avec passion les mafias italiennes et leurs ramifications en Suisse, le voilà dans de sales draps. Michael Perler, le chef de la police judiciaire fédérale (PJF), a été suspendu de ses fonctions. En raison d’un motif grave: le Tribunal administratif fédéral (TAF) juge qu’il représente un danger pour la sécurité. On lui reproche d’avoir demandé à ses subordonnés d’effectuer un contrôle de sécurité concernant sa nouvelle compagne et de l’avoir emmenée avec lui lors d’un voyage professionnel.

En clair: Michael Perler, emporté par le tourbillon de l’amour, a très imprudemment mêlé intérêts professionnels et intérêts privés. Il est pour l’instant suspendu provisoirement, mais pourrait bien ne jamais retrouver son poste.

La femme en question est d’origine russe. Des médias avaient révélé l’an dernier déjà que Michael Perler, 44 ans, l’avait emmenée avec lui lors d’un voyage professionnel à Saint-Pétersbourg. Il devait y nouer des contacts avec des services russes pour des affaires en lien avec la mafia et l’argent d’oligarques, mais le Département fédéral de justice et police (DFJP) dément qu’elle ait elle-même assisté à des réunions sensibles. Michael Perler l’a rencontrée en janvier 2010 «dans un café», avant de poursuivre une «relation de week-end», précise le TAF dans son jugement publié mercredi. Au moment du voyage, ils ne se connaissaient que depuis cinq mois.

Le 4 novembre 2010, les résultats d’un nouveau contrôle de sécurité auquel a dû se plier Michael Perler arrivent à la conclusion qu’il ne doit, vu les circonstances, plus exercer une fonction aussi sensible et qu’il faudrait lui interdire tout accès à des informations confidentielles, émanant des services secrets notamment. Michael Perler a fait recours. Mais le jugement du TAF est sans appel.

Le tribunal lui reproche son imprudence, son manque de conscience et de sensibilité. Et d’avoir demandé un examen de sécurité concernant sa compagne uniquement pour préserver ses intérêts personnels et sa relation, au lieu de renoncer à la prendre avec lui. Selon nos informations, l’homme qui a procédé à son contrôle de sécurité est un proche de Michael Perler et russophile avéré.

«Le DFJP, l’Office fédéral de la police (fedpol) et Monsieur Perler ont décidé que Michael Perler remettait dès maintenant et jusqu’à la décision définitive la direction de la police judiciaire fédéral à son suppléant», précise Guido Balmer, porte-parole du DFJP. «Le DFJP a fait une proposition à Monsieur Perler. Il a jusqu’à mardi pour prendre position», ajoute-t-il, sans en dire davantage. Interrogé sur le travail accompli jusqu’ici par le Fribourgeois, le porte-parole déclare qu’il a été «irréprochable». Michael Perler a-t-il fait voyager sa compagne aux frais de l’Etat? Sa partenaire a-t-elle plus tard été engagée au sein de la PJF? A ces questions, Guido Balmer répond deux fois par la négative.

A l’interne, cette affaire exceptionnelle – «Il est rare que des fonctionnaires soient suspendus pour raisons de sécurité» – ne suscite qu’un étonnement relatif. «Tout le monde savait qu’un jour, les femmes pourraient le perdre, commente une personne bien introduite à la PJF. C’est sa grande faiblesse du point de vue humain, et elle était connue de la hiérarchie.»

Son de cloche différent du côté du conseiller d’Etat neuchâtelois Claude Nicati, ex-procureur général suppléant de la Confédération. «Je l’ai côtoyé lorsque j’étais au Ministère public de la Confédération (MPC) et lui encore numéro deux de la PJF. C’est un personnage pragmatique et intelligent, dont je n’ai jamais eu à me plaindre. Des problèmes avec des femmes? Je n’ai jamais rien entendu de ce genre.» Michael Perler ne veut lui-même pas s’exprimer sur cette affaire. Mais son avocat, Gian Sandro Genna, précise au Temps: «Nous allons recourir au Tribunal fédéral.»

Michael Perler a pris la tête de la PJF en juillet 2009, comme successeur de Kurt Blöchlinger, après y avoir déjà travaillé durant trois ans. Il a également assumé la fonction de vice-directeur de fedpol. Juriste et criminologue, ce lieutenant-colonel à l’armée a dirigé de 1996 à 2000 la police judiciaire de la ville de Berne. Puis, de 2000 à 2006, la police de sûreté fribourgeoise. Le jugement du TAF ne mentionnait ni son nom, ni sa fonction mais le DFJP a rapidement confirmé son identité révélée par la télévision alémanique.

L’affaire rappelle dans une certaine mesure celle de Frédéric Hainard, contraint de démissionner du Conseil d’Etat neuchâtelois en 2010 pour avoir emmené sa maîtresse lors de missions à l’étranger lorsqu’il travaillait au MPC .

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