Texte - +
Imprimer
Reproduire
International mercredi 20 juillet 2011

Grâce à Facebook, Israël tientà son tour ses «Indignés»

Serge Dumont Tel-Aviv

> Proche-Orient Les mouvements de contestation sociale se multiplient dans l’Etat hébreu

> Ils dénoncent la vie chère

«Nous voulons vivre.» Le long du boulevard Rothschild, l’avenue la plus huppée de Tel-Aviv, des centaines d’étudiants et de jeunes couples campent depuis mercredi dernier pour exiger le droit à un logement décent et à des loyers modérés. L’occupation se déroule dans une ambiance bon enfant. Les habitants du quartier offrent des vivres aux protestataires et les personnalités du spectacle défilent pour marquer leur soutien.

«La cave de 18 mètres carrés qui me sert de chambre n’a pas de fenêtre et je la loue 800 francs par mois plus les charges, est-ce normal?» interroge Oren Sabiani, l’un des animateurs de l’opération lancée grâce à Facebook. «Les gens n’en peuvent plus de vivre dans le rouge et de ne pas arriver à envisager l’avenir. Ils en ont assez de voir le gouvernement ne s’intéresser qu’à l’Iran mais jamais à leur vie quotidienne.»

Outre Tel-Aviv, toutes les grandes villes de l’Etat hébreu sont désormais couvertes de tentes et la presse soutient la révolte. A l’instar de Ben Caspit, certains éditorialistes dénoncent d’ailleurs le fait que «l’on ait investi des milliards de dollars dans le développement des colonies en négligeant de construire à l’intérieur du pays».

Le premier ministre, Benyamin Netanyahou, a rapidement compris le danger politique que pourraient constituer ces «Indignés» à la sauce israélienne. Lundi, il en a donc reçu quelques-uns afin de les abreuver de promesses mirobolantes devant les caméras de télévision. En substance, il s’est engagé à accélérer les procédures administratives permettant de construire des logements sociaux mais il a dû reconnaître que ses efforts ne produiraient pas leurs effets avant trois ans.

«Les politiciens se bousculent pour nous récupérer mais nous ne nous laisserons pas avoir et ­notre combat durera autant qu’il le faudra puisque nous n’avons rien à perdre», jure Linda Merom, une étudiante à l’université de Tel-Aviv.

Les mouvements sociaux de grande ampleur sont extrêmement rares dans l’Etat hébreu. Le dernier date des années 1969-1974 lorsque les Séfarades (originaires des pays méditerranéens) ont créé l’organisation des «Panthères noire» et se sont livrés à des manifestations violentes pour dénoncer la misère dans laquelle les maintenait l’establishment ashkénaze (originaire des pays européens).

Ces dernières semaines, le public israélien a en tout cas abandonné son apathie légendaire pour lancer des actions de fond. Au début juillet, déjà grâce à Facebook, plusieurs dizaines de milliers de consommateurs ont ainsi réussi à faire plier les trois principaux producteurs de produits laitiers qui augmentaient artificiellement le prix du cottage. En appelant à boycotter ces produits, ces anonymes ont fait vaciller sur leur base les plus grandes laiteries de l’Etat hébreu ainsi que les grandes chaînes de distribution.

A priori, ce combat semblait perdu d’avance puisque les responsables du secteur laitier et de la grande distribution sont ­proches du pouvoir. En outre, ils contrôlent les médias audiovisuels, les compagnies d’assu­rances et les grandes banques. Mais le ras-le-bol des consom­mateurs a tout emporté sur son passage. Ebranlé, le gouvernement a d’ailleurs promis de «faire baisser les prix en favorisant la concurrence et en autorisant l’importation de produits laitiers» européens.

Dans la foulée de ce premier succès, d’autres pages Facebook ont été rapidement ouvertes pour dénoncer le coût élevé des couches pour bébé, du lait en poudre et même celui du nouveau smartphone Samsung… qui ainsi diminué de 348 francs d’un jour à l’autre.

«Il n’est pas étonnant que le «Mouvement du cottage» et celui des «mal-logés» se développent maintenant car la situation sécuritaire est calme. L’opinion ne se sent pas menacée par l’extérieur et elle se concentre donc sur tout ce qu’elle avait toujours laissé de côté jusqu’à présent», estime la chroniqueuse économique Keren Marciano. «Un vent de révolte souffle depuis peu sur Israël et il n’est pas près de s’épuiser.»