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Taux de change mercredi 07 septembre 2011

Les partis unanimes derrière la BNS

Sur la place Fédérale, où le siège de la Banque nationale côtoie le Palais fédéral. Conseiller fédéral, Johann Schneider-Ammann se dit «satisfait que ce pas ait été franchi». Berne, août 2004

Sur la place Fédérale, où le siège de la Banque nationale côtoie le Palais fédéral. Conseiller fédéral, Johann Schneider-Ammann se dit «satisfait que ce pas ait été franchi». Berne, août 2004

Hier sceptiques, les partis du centre droit se sont résignés à la publication d’un taux plancher par la BNS en raison de la gravité de la menace.

Le revirement politique est spectaculaire. La semaine dernière encore, les partis du centre droit et les grandes organisations économiques étaient réticents à l’idée que la BNS fixe un taux plancher dont l’objectif serait affiché publiquement.

«Lundi, en Commission des finances, je me sentais un peu seul à défendre cette idée. Mes collègues libéraux-radicaux étaient opposés. Je constate avec satisfaction que tous les partis se sont aujour­d’hui ralliés à la décision de la BNS et la soutiennent», relate le président du PS, Christian Levrat. Oubliées les critiques, notamment celles de l’UDC, contre les interventions de la BNS sur le marché des changes. Pendant des mois, contre le scepticisme général, les syndicats et le PS auront été les seuls à demander un taux plancher ou un arrimage du franc à l’euro, rappelle le président du PS. L’heure est grave; la classe politique fait front derrière la Banque nationale.

L’union avait commencé à se concrétiser lors des entretiens de Watteville entre les présidents des cinq groupes et partis gouvernementaux, vendredi. Il était question, avec la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey et le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann, de la politique monétaire et des mesures pour atténuer les conséquences de la surévaluation du franc. Tous les participants ont alors fait part de leur soutien à la politique de la Banque nationale. «Dans ce contexte, la décision de fixer un niveau plancher ne me surprend pas, indique le président du PDC, Christophe Darbellay. La BNS s’est sentie légitimée à prendre cette option.»

S’il y a eu unanimité sur la nécessité d’une nouvelle intervention de la banque centrale, les avis étaient encore très divergents sur les modalités. Ainsi même le président du PLR Fulvio Pelli se montrait encore très réservé mardi sur l’opportunité de publier un taux de change ciblé. «Le PLR était sceptique quant à la fixation d’un cours plancher, mais nous faisons confiance à la décision de la BNS», rappelle son porte-parole, Noé Blancpain. Depuis quelques jours, les opinions commençaient à évoluer. Après avoir traîné les pieds, economiesuisse, l’organisation faîtière de l’industrie, a entrepris son chemin de Damas.

Dans la SonntagsZeitung de dimanche dernier, son président, Gerold Bührer, un ancien dirigeant radical, soulignait que les entreprises suisses avaient besoin d’un euro à 1 fr. 20 au moins pour limiter la casse. Une enquête d’economiesuisse publiée le même jour par la NZZ am Sonntag indiquait que selon deux tiers des chefs d’entreprise un cours de l’euro inférieur à 1 fr. 20 les inciterait à entreprendre des programmes de réduction de coûts et, pour 18% d’entre eux, à envisager de délocaliser leurs activités à l’étranger.

Pascal Gentinetta, directeur d’economiesuisse, admet la volte-face: «Avec l’aggravation soudaine de la situation durant le creux de l’été, notre appréciation a changé. Notre sondage a montré l’ampleur de la menace qui pèse désormais non seulement sur les entreprises exportatrices, mais aussi sur les sous-traitants helvétiques. A situation extraordinaire, réponse extraordinaire. La mesure prise par le BNS est tout à fait appropriée.»

L’UDC aussi a fait demi-tour sur route. En mars encore, Christoph Blocher demandait la démission du président du directoire Philipp Hildebrand, que l’hebdomadaire Weltwoche accusait de «faux-monnayage» pour ses interventions malheureuses sur l’euro en 2010.

«Son intervention sur le cours de l’euro consistait davantage à montrer notre solidarité avec la zone euro qu’à défendre le franc et nos exportations. Cela a fait perdre des sommes énormes à la BNS pour rien», se justifie le leader de l’UDC. Aujourd’hui, il applaudit: «La BNS a eu raison d’intervenir vigoureusement. La force du franc tournait au drame. Quand on se lance dans une guerre contre une autre valeur, il faut se donner toutes les chances. Mais il faut gagner cette guerre contre l’euro!»

Le taux plancher choisi, encore en dessous des besoins de l’économie d’exportation, ne fait pas l’unanimité. «C’est encore un peu bas, reconnaît Christian Levrat, mais j’imagine que l’objectif de la BNS est de passer palier par palier à 1 fr. 30». Même réaction de Christoph Blocher: «En fixant un taux plancher à 1 fr. 20, la BNS a choisi une valeur qu’elle est capable de défendre. C’est une limite à ne pas dépasser, mais, naturellement, pour l’industrie, une valeur plus favorable face à l’euro serait préférable.» Avis que partage aussi Jean-François Rime: «Pour l’économie, un taux de 1 fr. 30 à 1 fr. 35 serait bien sûr préférable. Mais c’est un bon début, si cela tient.». Très réaliste, le président du PDC, Christophe Darbellay, prévient déjà que «le maintien d’un taux d’un euro pour 1fr. 20 va nécessiter un effort financier colossal. Pour 1 fr. 35 l’investissement serait encore plus massif.» Si Johann Schneider-Ammann a pu se dire «satisfait que ce pas ait été franchi», le conseiller fédéral peut pourtant se montrer un peu amer: la décision de la BNS a été l’un des principaux arguments de la frange des libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens sceptiques pour faire échouer en Commission des finances le plan d’intervention du conseil fédéral en faveur de l’économie (lire ci-dessous).

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