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Archive mercredi 22 février 2012

Et c’est alors que fut agité le spectre du séparatisme jurassien

Jean Seitz gazette de lausanne 20 septembre 1947

L’affaire Moeckli et la guerre des langues au Grand Conseil bernois, en 1947

« […] Les Jurassiens sont de bons Suisses, de loyaux Bernois, mais des Latins qui entendent le rester et qui, minoritaires, ne souffrent de ce chef d’aucun complexe d’infériorité.

L’assez basse manœuvre dont le «sixième canton romand» vient d’être la victime a son origine dans la répartition des départements au sein de l’exécutif cantonal bernois. M. [Ernst] Reinhard, prématurément décédé, y occupait le poste pour lequel il était certainement le mieux qualifié, celui de directeur des travaux publics et des chemins de fer. Comme membre du gouvernement, son coreligionnaire socialiste de l’Oberland, M. [Samuel] Brawand, lui succéda. Cet excellent homme, instituteur et guide de son métier, devait être placé à la tête d’une des branches d’administration. On pensa pour lui à l’assistance publique, dirigée jusqu’à présent par M. [Georges] Moeckli, socialiste lui aussi, mais originaire de La Neuveville et de langue française. Dans tous les conseils exécutifs de notre pays, Conseil fédéral compris, une coutume immuable autorise les élus les plus anciens à choisir leur département. A Berne, cependant, cette distribution des charges doit être ratifiée par le Grand Conseil. M. Moeckli, un peu las d’assumer la direction de l’assistance, qui constitue en vérité un département secondaire, manifesta le désir de passer aux travaux publics et aux chemins de fer. […] Les Jurassiens se réjouissaient de voir un des leurs, gouvernant déjà expérimenté, se charger plus spécialement des problèmes les touchant directement.

C’était compter sans la majorité alémanique de la Chambre cantonale. L’offensive fut déclenchée contre M. Moeckli. Un député alla jusqu’à s’oublier à déclarer qu’un personnage de langue maternelle française, même s’il possède assez l’allemand pour gérer les affaires d’assistance, n’est pas digne de diriger celles des travaux publics. En réalité, cette vilaine querelle fut celle de l’Oberland contre le Jura, du Susten contre Pierre-Pertuis. Bien qu’opposant deux membres du même parti, le litige, au cours de la première semaine de la session, fut tranché en faveur de M. Brawand, par 92 voix contre 62.

Au cours de la […] campagne [qui suivit ces événements], les journaux jurassiens ne craignirent pas d’agiter le spectre du séparatisme. C’est une idée qui n’est point neuve […]. Dirons-nous que, pour notre part, nous ne croyons pas à une réelle volonté des Jurassiens de faire de leur terre le vingt-sixième Etat de la Confédération? Mais il est incontestable que le geste méprisant, suprêmement impolitique, que vient d’accomplir la majorité du Grand Conseil bernois est de nature à amener de l’eau au moulin des mécontents. On va chanter, plus haut que jamais, «Jura, terre romande». Ce ne sera malheureusement pas seulement pour exalter l’amour de la terre natale. Ce sera aussi contre quelqu’un. »

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