Texte - +
Imprimer
Reproduire
rock samedi 14 avril 2012

Stuck in the Sound, résonances affranchies

Stuck in the Sound. L’éclosion du quatuor contribue à conjurer une anomalie qui a eu la vie longue au sein du rock français. Ce biotope – faut-il le rappeler? – a longtemps souffert d’un grave déficit de crédibilité dès lors qu’il empruntait la langue de Shakespeare pour aligner ses rimes. (N.D)

Stuck in the Sound. L’éclosion du quatuor contribue à conjurer une anomalie qui a eu la vie longue au sein du rock français. Ce biotope – faut-il le rappeler? – a longtemps souffert d’un grave déficit de crédibilité dès lors qu’il empruntait la langue de Shakespeare pour aligner ses rimes. (N.D)

Le quatuor parisien confirme la vitalité du rock français et anglophile avec un troisième album décomplexé. Il est l’invité du Caprices Festival, ce soir à Crans-Montana

Une section du rock français actuel a pris forme sous terre. Dans une cave de Montreuil, un quatuor autochtone a posé ses machines et ses instruments pour y faire surgir son troisième album, qu’il a baptisé Poursuit. Le studio d’enregistrement de Stuck in the Sound (littéralement «coincé dans le son») se dérobe à la vue des passants. C’est pourtant depuis ce lieu conçu pour l’isolement et la réclusion prolongée que le groupe a entamé une escalade qui fait aujourd’hui de lui une des formations rock les plus en vue dans le paysage hexagonal.

Son ascension impressionne; elle se poursuit ce samedi pour atteindre les hauteurs du Caprices Festival, dans la station valaisanne de Crans-Montana. Tête d’affiche parmi une poignée d’autres, les Stock enluminent un rendez-vous musical tout-terrain, qui s’est érigé parmi les grands en huit ans seulement.

L’éclosion des quatre musiciens n’est teintée d’aucun mystère. Elle contribue, si jamais, à conjurer une anomalie qui a eu la vie longue au sein du rock français. Ce biotope – faut-il le rappeler? – a longtemps souffert d’un grave déficit de crédibilité dès lors qu’il empruntait la langue de Shakespeare pour aligner ses rimes et qu’il adoptait les codes d’outre-Manche ou d’Amérique du Nord pour décliner sa musique. Le vent a tourné, et le cas de Phoenix ou du plus récent M83 (les deux adulés aux States) l’a prouvé largement. Stuck in the Sound pourrait suivre. Poursuit fait mieux que ses albums précédents: il affiche sans complexes des influences très (trop) présentes dans son passé (de Pixies à Sonic Youth, de Smashing Pumpinks à Pavement) mais ajoute une signature personnelle bienvenue, qui émerge dans une production sophistiquée.

La recette a pris en France: les dates de concert noircissent les agendas de la troupe, et Poursuit se vend bien. Suffisant pour prolonger l’emprise dans les territoires anglophones? Le batteur François Ernie ne veut pas aller plus vite que la musique: «Nos ambitions vont dans cette direction mais, pour l’instant, nous ne sommes pas distribués en Angleterre et aux Etats-Unis. Pour franchir ce cap, il faudrait investir dans la promotion. Or, l’état plutôt critique dans lequel se trouve aujourd’hui l’industrie du disque réduit les marges d’action. Il ne faut pas oublier aussi que les deux pays regorgent de groupes qui excellent dans le registre que nous avons adopté.»

Concurrence, moyens réduits: autant d’obstacles infranchissables? Peut-être. En attendant, Stuck in the Sound n’entend pas bouleverser son ADN. En dix ans d’existence, le quatuor a gardé un fil rouge austère, auquel il n’a jamais voulu déroger: «Nous n’avons pas envie de brûler les étapes, de nous voir en trop grand. Il n’y a pas de business plan dans nos sacoches.» Un luxe néanmoins? Celui d’un studio d’enregistrement où aller se réfugier sans se poser de questions, dès que l’envie se manifeste.

François Ernie le reconnaît, le nouvel acquis a bouleversé le processus de création. «Notre deuxième album, Shoegazing Kids, a été conçu dans l’urgence. Tout a été dit en trois semaines à peine. Avec Poursuit, nous nous sommes donné du temps, beaucoup de temps. Chaque son a été passé au crible, chaque chanson a été remaniée un nombre incalculable de fois pour trouver la meilleure texture. Bref, nous avons pu avancer délestés de toute pression. Je crois que ce travail de fourmi a permis au groupe de se défaire de l’orthodoxie rock qui habitait nos travaux précédents. Nous nous sommes émancipés de la scène indépendante des années 1990 sans pour autant renier son héritage, que nous cultivons depuis l’adolescence. Dès lors, nous avons permis à Poursuit de s’ouvrir à de nouvelles sonorités.»

Plus que jamais obnubilé par la quête du son juste, le groupe si réputé pour ses prestations magmatiques sur scène a trouvé donc dans une cave capitonnée un souffle nouveau. «Nous avons tous découvert un plaisir intellectuel, un goût pour la recherche sonore que la scène ne pourra jamais nous offrir.» Les à-côtés de tant d’ardeur? François Ernie les a découverts quand il a fallu remonter sur une scène: «Nous avons compris que nous ­avions enregistré plus de musique que ce que nous pouvions matériellement jouer en live.»

La parade? Un ingénieur du son multi-instrumentiste s’est ajouté à la bande. Le son émancipé des Stuck poursuit ainsi son ascension. De la cave à Crans-Montana.

Stuck in The Sound, «Poursuit» (Discograph/Disques Office).

En concert ce soir à 20h15,
Caprices Festival, Crans-Montana. Rens. caprices.ch

Reproduire
Texte - +