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Médias jeudi 01 mars 2012

«Même les geeks possèdent une étagère»

France Culture, la radio, publie un trimestriel issu de ses heures d’antenne. Joli pari

On le cherche au rayon des journaux, on le trouve à celui des livres. France Culture Papiers. 192 pages d’images et de textes, épaisses, dans un format petit A4. Un entretien avec Jan Fabre, un sujet sur la douleur des animaux alimentaires, un débat autour de Robespierre. Des citations enlevées, un retour large et multiforme sur le Printemps arabe, une fiction de Lorette Nobécourt, un dossier psychiatrie. Tous tirés des diverses émissions radiophoniques de France Culture. La station relève le pari de recycler ses heures d’antenne en un trimestriel à la fois fourni et élégamment présenté, dans la lignée des «mooks», ces livres magazines qui se multiplient depuis l’apparition en 2008 de XXI. Entretien avec Olivier Poivre d’Arvor, son directeur.

Le Temps: Pourquoi un magazine?

Olivier Poivre d’Arvor: La radio est un territoire magnifique, avec des possibilités d’évolution, une grille que l’on peut faire évoluer, mais le nombre d’heures de diffusion est forcément limité. Nous avons donc eu envie de travailler en latéral. Il y a le numérique d’une part – notre site internet fonctionne très bien – mais également l’envie de retourner aux origines de la radio, c’est-à-dire à l’écriture. France Culture, c’est vraiment l’écriture radiophonique. Toutes nos émissions, qu’il s’agisse d’entretien, de documentaire ou autre, procèdent de l’écriture.

– Est-ce vraiment propre à votre station?

– Je pense. Si RTL faisait une revue, ce serait essentiellement des photos.

– Comment choisissez-vous les sujets?

– Il y a trois entrées. D’abord faire entendre la radio dans sa diversité, avec des formats courts ou longs, des moments forts, des succédanés. Ensuite développer deux thématiques – ici le Printemps arabe et la psychiatrie – en cherchant toutes les émissions en rapport. Enfin des sujets plus longs, texte d’archives, entretien, fiction ou documentaire richement illustré. Le tout est très iconographié, très moderne.

– Hormis les excellents pastiches de lettre à et par Umberto Eco, toute la matière émane de vos heures de diffusion.

– Oui. Les bonnes idées sont souvent les plus simples. Nous n’avons pas les moyens de réaliser une revue autonome mais nous avons du contenu. La matière est là, il faut seulement l’éditorialiser. Ce projet est vraiment de la radio à lire. Pour ce premier numéro, nous avons sélectionné assez large, mais les suivants devront puiser dans les émissions des trois derniers mois uniquement.

– Quel public visez-vous?

– Les étudiants. Je n’ai pas envie de me contenter des cinquantenaires, par ailleurs très respectables, qui sont notre public traditionnel. J’aimerais toucher les jeunes, parce que c’est le moment où le savoir se forge.

– Et vous pensez que le papier est le meilleur moyen de convaincre cette génération-là?

– Ils sont saturés d’images et de numérique, ils ont de moins en moins de papier dans les mains. Recevoir un objet tous les trois mois est rassurant. L’esprit de collection est encore très présent chez les jeunes. Il y a toujours une étagère, même chez les geeks.

– Quel est votre modèle financier?

Nous n’acceptons pas de publicité. Bayard, à qui appartient le magazine, assume tous les risques financiers et nous rétrocède un pourcentage des ventes. Nous pourrions même gagner un peu d’argent dans cette histoire. Nous tirons à 35 000 exemplaires et 15 000 ont été ajoutés hier. C’est encore Bayard qui paie les deux salariés de l’équipe, une secrétaire de rédaction et Jean-Michel Djian, rédacteur en chef, ancien responsable du Monde de l’éducation. La rédaction de France Culture n’intervient pas sur le contenu; j’aime cette idée que la revue soit le fait d’un auditeur privilégié.

France Culture Papiers , en vente
en kiosques et dans les librairies, 25 francs environ.

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