Texte - +
Imprimer
Reproduire
Exposition samedi 27 juin 2009

La Fondation de l’Hermitage fête ses 25 ans

Paul Klee, «Felsenlandschaft», 1937. (ProLitteris)

Paul Klee, «Felsenlandschaft», 1937. (ProLitteris)

Pour son quart de siècle, l’institution lausannoise présente des chefs-d’œuvre du XXe siècle de collections privées, de Suisse romande en particulier

Rencontrée, il y a quelque temps, alors qu’elle était tout accaparée par la préparation de l’exposition d’été de la Fondation de l’Hermitage, Juliane Cosandier sa directrice nous avait prévenus: «Vous verrez, vous serez surpris.» Et, sincèrement, nous le sommes.

«Il y aura des œuvres que vous n’aurez jamais vues; c’est certain.» Et c’est vrai. Pour tel Nu de 1911 de Vassily Kandinsky, qui flirte avec l’abstraction. Pour ce Marché au Minho (1916) de Sonia Delaunay, flamboiement de pastel et de cire, de rondeurs corporelles et d’ovales dynamiques. C’est vrai dans le cas de tel Jeu lugubre (1929) de Salvador Dalí, archétype de la cascade d’images dans l’image. Ou de ces Parallels (1961) de l’expressionniste abstrait américain Adolph Gottlieb. On s’arrêtera là!

Cette exposition est somptueuse. Dans le style de la maison. Plus que jamais, à l’occasion du 25e anniversaire de l’institution. «Vingt-cinq ans d’engagement passionné au service de l’art et des artistes, dit un communiqué, qui ont vu la belle demeure construite par la famille Bugnion au milieu du XIXe siècle accueillir des centaines de visiteurs enthousiastes». Le 2 000 000e est attendu pour cet été.

La conjugaison de l’offre culturelle et de l’attrait du lieu y est pour beaucoup. C’est de générosité qu’il s’agit et d’abord celle de la famille qui possédait cette campagne dans les hauts de Lausanne avec vue imprenable sur sa cathédrale, que les peintres Turner et Corot immortalisèrent en leur temps. Sous l’impulsion du Dr Michel Bugnion, les descendants ont fait don de cette maison de maître à la Ville de Lausanne en 1976. A la condition qu’elle soit rénovée pour accueillir une fondation culturelle.

Le musée ouvre en juin 1984, sous la direction de François Daulte, éditeur, historien de l’art et membre de l’Institut de France. Son exposition inaugurale est dédiée à L’impressionnisme dans les collections romandes. Juliane Cosandier qui a succédé en 1995 à Joachim Pissaro, nommé un an plus tôt à la succession de François Daulte mais vite appelé ailleurs, «a souhaité reprendre, vingt-cinq ans plus tard, un peu l’idée de Daulte mais en allant De Cézanne à Roth­ko. Chefs-d’œuvre du XXe siècle dans les collections privées suisses – comme sont sous-titrées ces Passions partagées – un peu plus avant dans le XXe siècle et même dans le XXIe siècle».

En quelque 108 œuvres de 63 artistes, confiées par 43 prêteurs. Certains connus, des fondations, telle celle de Jean et Suzanne Planque, ou l’éditeur Eberhard W. Kor­n­­feld. D’autres qui ne tiennent pas à l’être. Discrétion compréhensible, au vu de leurs trésors. Et ce plaisir de retrouver, pour 13 d’entre elles, des œuvres déjà vues lors de précédentes présentations. Et Juliane Cosandier de citer avec plaisir ces deux Magritte déjà empruntés pour une des 64 expositions montées à l’Hermitage depuis 1984. Des clins d’œil. Un fil rouge pour souligner la constante de l’institution à organiser des expositions d’une haute tenue, manifestations qui ont permis, depuis un quart de siècle, de nouer des relations privilégiées avec les collectionneurs. Et d’en constater les prolongements, à travers une génération de plus jeunes.

«Ce qui me touche, explique la directrice de la Fondation de l’Hermitage, c’est la relation, à chaque fois différente, qui se tisse avec chacune de ces personnes. Mais aussi cet attachement commun qu’ils ont, qui relie chacun d’eux à leurs œuvres, à leur collection. Et de voir que tous ces prêteurs font confiance est un beau cadeau.» Ce que ne dit pas Juliane Cosandier, c’est que ce genre de relations se tissent, se cultivent, sont le résultat d’un entregent agréable et attentif, et de connaissances entretenues de longue haleine. Et que ces fines couches de bonheur qui se déposent régulièrement deviennent ces buées de plaisir qui enveloppent le spectateur lors de sa visite.

Reproduire
Texte - +