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capitaux lundi 06 février 2012

Des «rivières» d’or et d’argent de l’Italie vers le Tessin

Barbara Knopf

Des Italiens semblent vouloir mettre en lieu sûr leurs patrimoines, quels qu’ils soient. Les exportations de métal jaune de l’Italie vers la Suisse ont plus que doublé en une année

«Rivières d’or» à la frontière ­italo-helvétique, «avalanches d’euros», ou encore «boom des séquestres de valeurs»: depuis quelques semaines, les médias de la Péninsule dépeignent un peu les banques suisses – et tessinoises en particulier – comme des cavernes d’Ali Baba regorgeant des biens que les Italiens s’empressent d’y déposer, peu confiants dans le futur économique de leur pays, apeurés par la perspective d’un impôt sur le patrimoine et épouvantés par la chasse aux évadés fiscaux.

«Gros patrimoines»

Il y a quelques jours, traçant un bilan de la lutte à l’évasion fiscale, le directeur de l’Agence des entrées italienne Attilio Befera a pointé le doigt sur «la fuite des capitaux» vers la Suisse ces derniers mois, or compris, précisant: «Depuis début janvier, le flux suit une hausse exponentielle […] Certaines banques helvétiques ont commencé à louer des coffres-forts auprès des grands hôtels pour faire face à la demande.»

«Des balivernes», a rétorqué en substance le directeur de l’Association bancaire tessinoise (ABT), Franco Citterio. Pour lui, il s’agit d’une «attaque contre la Suisse […] afin de justifier les raids à Cortina et à Milan, les contrôles étendus à la frontière et les méthodes répressives de l’Agence des entrées». Franco Citterio concède néanmoins qu’il y a une hausse des clients italiens qui, en quête de sécurité, ouvrent des comptes en Suisse, mais en toute légalité, précise-t-il.

«De gros patrimoines et des sociétés cherchent à se déplacer au Tessin, les fiduciaires sont passablement sollicitées», confirme Amalia Mirante, professeur d’économie à l’Université de Suisse italienne. Dans le milieu, difficile de délier les langues. La Fédération tessinoise des associations de fiduciaires n’a pas voulu s’exprimer. Les tentatives pour prendre la température auprès d’une grande banque à Lugano sont aussi restées vaines. En revanche, la banque de données de l’Institut italien des statistiques (Istat) s’est révélée une mine… d’or.

Soutien-gorge, valise…

En octobre dernier, les exportations d’or brut de l’Italie vers la Suisse ont plus que doublé par rapport à l’année précédente, effleurant les 510 millions d’euros (229,5 millions en octobre 2010). Plus de 13 tonnes de lingots ont passé la frontière (7,6 tonnes). Sur l’arc des dix premiers mois de 2011, le volume d’or exporté a atteint les 91 tonnes pour une valeur de plus de 3 milliards, soit déjà bien plus que pour toute l’année 2010 (72,5 tonnes pour 2 milliards). C’est ce flux de métal jaune qui a fait gonfler les exportations vers la Suisse (en croissance de quelque 30%), analyse l’Istat.

A côté de ces gros déplacements d’or qui s’opèrent au grand jour par l’intermédiaire des instituts bancaires, il y aurait tout un trafic parallèle de sommes plus modestes transportées personnellement de l’autre côté de la frontière, selon des observateurs italiens. Monsieur et Madame Tout-le-monde se transforment en contrebandiers pour mettre en sûreté leurs bas de laine, or ou argent comptant.

Comme cette dame distinguée qui avait caché 65 000 euros dans les talons de ses chaussures et dans son soutien-gorge, et qu’un labrador dressé à renifler les billets de banque a dépisté à Ponte Chiasso en novembre. Ou cet automobiliste qui s’est fait prendre au même endroit début février avec plus de 200 000 euros camouflés au fond de sa valise. Dans une enquête sur «la grande fuite des capitaux», le quotidien La Repubblica évoque une hausse de 50% des séquestres de biens le long de la frontière avec la Suisse vers la fin 2011 par rapport à l’été. La Garde des finances, qui devrait publier des chiffres cette semaine, ne veut pas commenter pour l’instant.

Voie légale

Mais il y a aussi ceux qui choisissent la voie légale et profitent par exemple de l’offre d’un consultant financier milanais sur son blog: des excursions en car de Milan à Lugano pour apprendre comment exporter légalement leur argent au Tessin. Jusqu’ici, quelque 200 personnes sont montées dans le bus, une centaine ont ouvert un compte en Suisse.

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