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La Fureur de lire vendredi 07 octobre 2011

L’inspecteur Chen Cao est en ville

Qiu Xiaolong est avec d’autres auteurs de polars l’invité de la Fureur de lire. Il est le créateur de l’inspecteur Chen Cao, flic et poète dans la Shanghai d’aujourd’hui ( Genève, 6 octobre 2011) VERONIQUEBOTTERON.COM

Qiu Xiaolong est avec d’autres auteurs de polars l’invité de la Fureur de lire. Il est le créateur de l’inspecteur Chen Cao, flic et poète dans la Shanghai d’aujourd’hui ( Genève, 6 octobre 2011) VERONIQUEBOTTERON.COM

Qiu Xiaolong, l’auteur de «La Danseuse de Mao», est l’un des invités du festival genevois, consacré cette année au polar. Grâce à son héros Chen Cao, il scrute la Chine de loin mais avec acuité

L’inspecteur Chen Cao, héros des romans de Qiu Xiaolong – auteur de polars chinois invité par la Fureur de lire, qui a lieu ces jours à Genève –, est un membre atypique du parti: il est à la fois flic et poète. Sa culture, ses goûts, ses humeurs le poussent vers la poésie, la contemplation, la dégustation du thé, du café ou de plats raffinés. Il n’en accomplit pas moins sa mission d’enquêteur dans l’espoir que sa contribution aidera son pays et quelques hommes et femmes de bien à surnager dans les eaux troubles et menaçantes de la modernité chinoise. Tâche difficile. Il n’a pas trop de ses talents de diplomate, de sa sensibilité, de sa finesse pour éviter les pièges que censeurs, politiciens, corrompus, corrupteurs, patrons véreux, triades puissantes et autres acteurs néfastes sèment sous ses pieds de Shanghaien.

Qiu Xiaolong est poète comme son héros, mais aussi traducteur et professeur émérite de littérature comparée. Il met en scène l’inspecteur Chen dans des romans que publie Liana Levi. Une série commencée par La Mort d’une héroïne rouge (2000) , poursuivie notamment avec La Danseuse de Mao (2008) et qui comptera bientôt un nouvel opus, consacré dit le professeur Qiu aux méandres de l’Internet chinois: «Je dois rendre mon manuscrit à la fin du mois», sourit l’écrivain.

Ses romans, quoique policiers, sont truffés de poèmes de son cru ou tirés du corpus classique chinois: «A ceux qui me disent que cela fait vieux jeu, je rétorque que des hommes d’Etat comme Jiang Zemin ou l’actuel premier ministre, Wen Jiabao, citent des poèmes dans chaque discours. S’agissant de ce dernier, c’est même devenu une plaisanterie entre journalistes…» Et d’invoquer aussi la tradition chinoise classique, où le roman fait une large place à la poésie…

Né en 1953 à Shanghai et profondément imprégné de culture chinoise, Qiu écrit néanmoins en anglais depuis la fin des années 1980, même si de temps à autre, avoue-t-il, «un poème me vient en chinois. Je l’écris alors dans les deux langues.» A la différence de son héros Chen, solidement ancré à Shanghai, Qiu vit aux Etats-Unis depuis 1988. Eprouvé dans sa jeunesse par la Révolution culturelle – la fermeture des écoles le contraint alors à apprendre tout seul l’anglais –, il ne peut reprendre ses études qu’en 1977: elles feront de lui un traducteur et spécialiste de T. S. Eliot («mon poète favori»). C’est pour l’étudier qu’il se rend, fin 1988, à Saint-Louis dans le Missouri, ville natale du poète. Surpris là-bas par les événements de Tiananmen (1989), il décide de prolonger son séjour. Tant et si bien qu’il y reste, y devient professeur, y mène sa carrière d’écrivain et y vit toujours, aujourd’hui d’ailleurs de sa seule plume.

Mais le contact avec la Chine ne sera jamais rompu. Qiu y retourne régulièrement – un ou deux mois par année – et, surtout, l’inspecteur Chen lui sert de périscope. Inlassablement, il scrute à travers lui la Chine contemporaine et n’hésite pas, en toile de fond de ses polars, à en dénoncer les maux les plus virulents: corruption (Le Très Corruptible Mandarin), désastre écologique (Les Courants fourbes du lac Tai), etc.

Ses descriptions sans concession de la Chine d’aujourd’hui lui ont valu quelques déboires avec la censure. «Mes trois premiers romans ont été traduits en chinois. Le fait que Chen soit membre du parti leur a plu, mais ils ont décidé qu’ils ne pouvaient pas se passer à Shanghai. La version chinoise l’a donc transformée en une cité de fiction nommée «H». Pour mon quatrième roman, Le Très Corruptible Mandarin (2006), j’ai carrément renoncé à la version chinoise, car mettre en scène une nouvelle fois Shanghai comme une cité fictionnelle devenait vraiment absurde.» Et de raconter comment la censure a supprimé purement et simplement un chapitre entier d’un de ses livres et modifié arbitrairement la fin de son premier roman.

Ces vexations ne découragent nullement Qiu Xiaolong. Son prochain roman traite des restrictions d’accès à Internet en Chine et il n’exclut pas, dit-il, d’écrire d’un peu plus près sur Tiananmen. La Chine contemporaine ne le lâche pas puisqu’il a en chantier toute une série de nouvelles, qui raconteront la Chine, une année après l’autre, de 1949 à nos jours.

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