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enchères jeudi 11 mars 2010

Christie’s à la conquête de l’Asie

François Curiel. Le célèbre commissaire-priseur français a pris la présidence de Christie’s Asie. Il y rencontrera une scène des enchères compétitive. (Agence Vu)

François Curiel. Le célèbre commissaire-priseur français a pris la présidence de Christie’s Asie. Il y rencontrera une scène des enchères compétitive. (Agence Vu)

Touchées par le déclin des affaires, les maisons d’enchères misent sur l’Orient. Difficile mais exaltante mission pour le nouvel homme lige de Christie’s à Hongkong

A peine rentré d’un saut à Pékin et à Shanghai, François Curiel se prête aux questions d’une journaliste. Situation de routine pour le célèbre commissaire-priseur français, à ceci près que son décor personnel a radicalement changé. En effet, c’est à Hongkong que ce très Parisien siège et règne maintenant. On le croisera moins le long de l’élégante avenue Matignon, moins aussi place de la Taconnerie, en vieille ville de Genève. Ce sont les aéroports chinois, indiens ou thaïlandais qui verront passer en coup de vent sa silhouette alerte et toujours pressée. A 61 ans, François Curiel part à la conquête d’un nouveau et immense territoire. Lui est désormais dévolue la présidence de Christie’s Asie. Autrement dit: c’est à lui qu’incombe de réussir l’expansion vers l’Asie du mammouth des enchères propriété d’un seul homme, François Pinault.

Quelle est la portée de ce changement et de la redistribution des cartes au sein de l’entreprise? François de Ricqlès devient le «chairman» de Christie’s France. Promotion pour l’homme qui a orchestré la vente Pierre Bergé Yves Saint-Laurent en 2009, une opération qui a rapporté près de 450 millions de dollars et permis de franchir l’année 2009 tête haute, avec un résultat total de 612,2 millions de dollars. Jonathan Rendell, expert fortement impliqué lui aussi dans cette vente, vient renforcer l’équipe des stratèges internationaux de la maison à Paris. Marc Porter assume la présidence de Christie’s Amériques à New York. A François Curiel, qui compte 40 ans de maison à son actif, qui a contribué à son ancrage aux Etats-Unis et œuvré pour sa prépondérance en France, la charge d’impulser les affaires d’Asie.

Après le tremblement de terre financier de l’automne 2008, dont les répliques mineures ou majeures se font sentir encore, l’économie mondiale, dans son ensemble, bascule vers l’Extrême-Orient. Durement frappé, le marché des enchères prend la même direction. «La troisième salle de vente de notre groupe, après New York et Londres, se trouve à Hongkong, fait observer François Curiel. L’Asie fournit 12% des revenus de Christie’s.» Ce qui représente plus du double des résultats parisiens annuels habituels, c’est-à-dire sans événement Pierre Bergé Yves Saint-Laurent. Si, l’an passé, on a observé un déclin sévère des ventes aux enchères aux Etats-Unis et en Europe, en Asie on constatait un rebond.

Or, ajoute François Curiel, tout laisse prévoir que, dans notre branche, la croissance se poursuivra dans cette partie du monde. C’est donc ici qu’il faut agir. Pour ce faire, l’homme de Christie’s dispose d’une centaine de collaborateurs à Hongkong, ainsi que des bureaux à Pékin et à Shanghai. Plusieurs marchés encore «petits» comme l’Inde, la Thaïlande ou l’Indonésie relèvent de sa responsabilité. Mais c’est la Chine continentale qui recèle le plus gros potentiel. Et c’est surtout vers elle qu’il oriente ses ambitions.

Signal clair: les dépenses des acheteurs chinois ont augmenté de 94% en valeur entre 2008 et 2009. On remarque chez eux un intérêt accru – et un goût de plus en plus affiné – pour l’art impressionniste et moderne, l’art contemporain, la joaillerie, les arts décoratifs du XXe siècle et l’art asiatique, bien entendu. D’où la décision de renforcer la présence de Christie’s sur place pour répondre au mieux à cette tendance. «Il s’agit non seulement de développer le nombre des acheteurs chinois, mais encore de leur faciliter l’accès aux salles de vente du monde entier», ajoute François Curiel. Autrement dit, favoriser et augmenter la participation active au marché mondialisé de ces nouveaux acteurs encore insuffisamment familiers du système occidental.

Seulement, loin de trouver une «tabula rasa», Christie’s rencontre sur place une scène des enchères compétitive: 450 maisons enregistrées dont une quinzaine extrêmement actives. Dont deux, Poly Auction et China Guardian Auctions réalisent des chiffres d’affaires qui oscillent entre 150 et 200 millions de dollars. Rien de comparable à celui de Christie’s – 3,3 milliards de dollars en 2009. Mais tout de même, des concurrentes solides, avec lesquelles il faut compter et se mesurer. Et qui rêvent, elles, de décoller de Chine pour conquérir le monde…

Fort d’une expérience éprouvée, François Curiel s’engage donc sur plusieurs fronts. Il lui faut ancrer Christie’s plus profondément et l’installer plus largement sur place, ouvrir les amateurs asiatiques à de nouveaux intérêts et à d’autres horizons. Tout en livrant bataille à son rival de toujours, Sotheby’s, l’autre géant des enchères, qui ne manque pas de développer une politique également dynamique à Hongkong et vers l’Asie.

«Sur le plan mondial, nous détenons 54% de parts de marché, par rapport à notre challenger, affirme François Curiel. Et, s’agissant de joaillerie, 60%.» Que disent les résultats annuels proprement dits? En 2007, Christie’s réalisait 6,3 milliards de dollars, mais 5,1 milliards en 2008 et seulement 3,3 milliards en 2009. ­Evolution analogue du côté de Sotheby’s qui engrangeait 6,18 milliards en 2007, mais 5,3 milliards en 2008 et 2,8 petits milliards en 2009. Chiffres inexorables qui décrivent un affaiblissement progressif, aggravé par l’affaissement du dollar, et révèlent l’ampleur du défi à relever.

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