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Editorial mardi 28 février 2012

Sobre et de bon goût

Les Suisses sont prêts à pardonner beaucoup à leurs élus locaux, mais pas des écarts grossiers de conduite personnelle

Y a-t-il quelque chose de pourri dans les démocraties de proximité romandes? La démission du conseiller d’Etat genevois Mark Muller offre quelques similitudes avec celle de son homologue neuchâtelois Frédéric Hainard en 2010. Même désinvolture dans le comportement personnel, mêmes libertés prises avec la vérité, même lenteur à percevoir que la tache portée sur sa réputation était indélébile. Les torts du ministre sont si flagrants que toute l’aura de probité de nos dirigeants cantonaux s’en trouve amoindrie, par contrecoup.

Les Suisses sont prêts à pardonner beaucoup à leurs élus locaux. Ils savent leur tâche lourde, souvent ingrate, pour une reconnaissance publique fort relative. Une certaine médiocrité, le manque de charisme, voire l’absence de bilan convaincant peuvent être oubliés tant que le magistrat donne l’impression de faire son travail avec sérieux. Mais la charge devient impossible à porter lorsque s’y ajoutent des écarts de conduite qui insultent la dignité minimale attachée à la fonction.

De tels épisodes mettent à rude épreuve les exécutifs cantonaux. Le gouvernement genevois n’a pas soutenu Mark Muller, mais il n’a pas non plus osé exiger clairement sa démission. A la place, il s’est contenté d’un entre-deux un peu lâche, se proposant d’engager un expert indépendant pour vérifier si son ministre du Logement n’avait pas tenté d’acheter le silence du barman qu’il avait agressé un soir de fête… Il en ressort l’image d’une équipe divisée, sans chef ni responsabilités claires, encline à recourir à des chinoiseries juridiques pour masquer ses atermoiements – des maux typiquement suisses.

Que retenir de cette affaire peu glorieuse? La décence, la tenue, la capacité à adopter un comportement sobre et de bon goût, y compris dans sa vie privée, restent des valeurs cardinales en politique. Les partis genevois (y compris celui du démissionnaire, le PLR) devront s’en souvenir au moment de choisir leurs candidats à la succession de Mark Muller. Les électeurs du canton aussi, qui auront à cœur que leur République n’ait pas à revivre le déshonneur de ce feuilleton grotesque et malséant.

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