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enlèvements jeudi 07 février 2013

Les entreprises d’extraction sous pression de la guérilla en Colombie

Le site d’extraction de pétrole de la compagnie Pacific Rubiales. (AFP)

Le site d’extraction de pétrole de la compagnie Pacific Rubiales. (AFP)

Les groupes marxistes enlèvent les salariés de multinationales pétrolières et minières. La multiplication des explorations et des forages, dans des lieux isolés, expose les entreprises

Le gouvernement et les guérillas marxistes de Colombie semblent d’accord sur au moins un point: la fièvre minière que traverse le pays peut devenir une véritable «locomotive» pour leurs affaires. Plusieurs enlèvements attribués aux rebelles, perpétrés ces dernières semaines, ont frappé les entreprises qui exploitent minerais et hydrocarbures.

Le 18 janvier, au moins cinq employés de la compagnie aurifère Braeval Mining ont disparu dans le Sud de Bolívar, une région de jungle sous-développée mais riche en métal précieux. L’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), deuxième guérilla du pays en hommes, a revendiqué le rapt du groupe, qui comprendrait deux Péruviens et le vice-président canadien de Braeval Mining. «Le gouvernement a laissé 99% des mines [de la région] aux entreprises et laissé 1% aux habitants», a justifié la guérilla, pour donner une dimension politique à son geste. «C’est quand ils ont découvert qu’il y avait des étrangers qu’ils les ont emmenés, à des fins inacceptables», a répondu le président libéral Juan Manuel Santos, pour qui il s’agit bien d’un «rapt à but d’extorsion».

Dix jours plus tard, des guérilleros qui se sont présentés comme membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), groupe qui compterait plus de 7 000 combattants, enlevaient trois ingénieurs à proximité d’une plateforme d’exploration pétrolière, dans les montagnes du sud-ouest du pays. Les trois hommes ont été cette fois-ci vite relâchés «sous la pression militaire», selon les autorités. Même si les FARC, en cours de négociation avec le pouvoir, ont officiellement abandonné la pratique des enlèvements contre rançon, leur intention ne faisait pas mystère. «S’il s’agit bien d’elles, il ne faut pas oublier qu’elles n’ont pas renoncé à l’extorsion des entreprises», avance l’analyste Luis Eduardo Celis. En novembre dernier, déjà, le pouvoir a refusé de préciser si une rançon avait été payée ou non pour la libération de quatre employés chinois d’une compagnie pétrolière après 17 mois de captivité, attribuée aux FARC.

Le rapt de salariés, conclut la Fondation Pais Libre, reste bien un moyen de pression pour recevoir «l’impôt révolutionnaire». Pour les rebelles, autant se servir là où les affaires vont bien. Le secteur minier et énergétique colombien représente les deux tiers des exportations du pays et attire en moyenne près de 60% des investissements directs étrangers. Le pays, qui craignait encore pour son indépendance énergétique il y a cinq ans, a dépassé pour la première fois en décembre le million de barils de pétrole produits par jour.

Un premier boom avait déjà permis à l’ELN de s’épanouir, au milieu des années 1980. Le rapt d’un ingénieur de l’entreprise allemande Manesmann, dans les plaines orientales et pétrolifères de l’Arauca, s’était soldé, selon le commandant guérillero d’alors, par le paiement de deux millions de dollars: de quoi «redistribuer au peuple et acheter des armes», selon ses termes.

Depuis, l’utilisation de milices paramilitaires, puis l’impressionnant renfort militaire américain ont permis de sécuriser les principales infrastructures pétrolières, et les guérillas avaient dû se rabattre – sans y perdre – sur la production de cocaïne. Aujourd’hui, la nouvelle ruée vers les matières premières, enfouies dans les recoins les plus inhospitaliers du pays, semble avoir réveillé le négoce. Cette année, cinq employés du pétrolier public Ecopetrol auraient déjà été séquestrés; l’un des enlevés colombiens de l’ELN avait lui-même déjà été séquestré auparavant pendant deux semaines.

Depuis janvier, le président Juan Manuel Santos a lancé 500 militaires aux trousses des ravisseurs. «Nous savons exactement où sont les enlevés. Libérez-les», a-t-il exigé. La «locomotive» de l’investissement étranger ne doit pas être freinée.

Dans un fait apparemment isolé, l’ELN a annoncé avoir «capturé» il y a «plusieurs semaines» deux «espions» allemands, qui seraient selon les autorités de simples touristes retraités.

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