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Sécurité mardi 03 mai 2011

Comment WISeKey veut protéger votre identité digitale

Carlos Moreira, fondateur et président de WISeKey, construit au Brésil des bunkers, comme celui-ci vers l’aéroport de Genève, qui conservent les clés de cryptage, mais pas les données personnelles. (Eddy Mottaz)

Carlos Moreira, fondateur et président de WISeKey, construit au Brésil des bunkers, comme celui-ci vers l’aéroport de Genève, qui conservent les clés de cryptage, mais pas les données personnelles. (Eddy Mottaz)

Avec sa solution WiseID, déjà téléchargée par plus de deux millions d’utilisateurs, la PME genevoise veut même permettre à chacun de monétiser ses données personnelles. Son fondateur, président et directeur général Carlos Moreira, table sur une introduction en bourse l’année prochaine en Suisse

Pourquoi WISeKey est largement plus connue aux Etats-Unis qu’en Suisse? «Parce que la Suisse, dans la sécurité informatique, a dix ans de retard!» Carlos Moreira sait de quoi il parle. Ancien diplomate auprès de Nation unies à Genève, expert dans ce domaine, il a fondé l’entreprise genevoise en 1999 déjà. Il a traversé les crises avec cette vision: faire de la PME le leader mondial de l’identité numérique et, indique-t-il au Temps, la mettre en bourse l’an prochain.

Premièrement, l’homme d’affaires pense que tout un chacun doit pouvoir rester maître de son identité. «L’an dernier, 12 millions d’Américains se sont fait usurper leur identité numérique», illustre-t-il.

Deuxièmement, les réseaux sociaux sont voraces de données personnelles qu’ils revendent ensuite à des fins marketing. «Et très peu d’utilisateurs connaissent vraiment les risques et les traces qu’ils laissent», ajoute François Bunt­schu, professeur à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg et responsable de NetObservatory. Alors, «pourquoi l’utilisateur ne pourrait-il pas à son tour monétiser son identité?» suggère Carlos Moreira. C’est ce créneau que vise le produit WISeID. Ce protecteur de données personnelles, qui utilise un cryptage de niveau militaire, est une application iPhone (prochainement sur BlackBerry, Android et WindowsMobiles) qui permet à tout un chacun de choisir les informations qu’il livre et dans quel but, par exemple en étant récompensé par des programmes de fidélité. Ainsi, l’application a déjà été téléchargée par 2,3 millions d’utilisateurs. Sa gratuité a pour but d’évangéliser le monde à cette problématique et de rendre WISeID incontournable, car les revenus sont ailleurs pour WISeKey. «Prenez Facebook. Si vous divisez la valorisation du réseau social par son nombre d’utilisateurs, vous constatez que chaque nouveau profil rapporte plus de 100 dollars», poursuit Carlos Moreira. Celui-ci ajoute être en passe de signer un contrat avec un mythique club de football européen, qui compte 600 millions de fans à travers le monde. Il escompte des revenus d’environ trois dollars pour tous ceux qui se seront procuré une identité digitale avec le système de WISeID grâce à un partenariat avec un opérateur de téléphonie.

Dans ses autres projets en cours, l’entreprise construit également un bunker sécurisé à Rio de Janeiro en vue de la Coupe du monde de football en 2014, comme elle en compte un aux sous-sols de ses bureaux vers l’Aéroport. «Nous ne gardons pas les données personnelles (ndlr: qui restent sur le portable de l’utilisateur), mais seulement la clé de cryptage», détaille le maître des lieux.

Selon l’entreprise, le potentiel est énorme, car une identité numérique pour tous va s’imposer, à commencer par les Etats-Unis, où le président Barack Obama la réclame. Après avoir permis aux Genevois de voter en ligne, la société a déjà offert une telle identité aux citoyens de Bilbao en Espagne. Mais le marché est bel et bien outre-Atlantique. C’est pourquoi WISeKey intégrera sous peu le MIT Media Lab. à Boston. «De cinq collaborateurs, nous passerons à plusieurs dizaines dans les dix-huit mois à Boston», explique Carlos Moreira, en plus de ceux de nos filiales aux Brésil, en Espagne et en Grande-Bretagne. Ce qui doublerait l’effectif actuel, d’une centaine de collaborateurs, dont 30 à Genève.

Effet de style ou réalité pour une société qui a déjà investi 68 millions de francs depuis sa création, mais qui, d’un point de vue opérationnel, ne gagne pas d’argent? «Moi, ce que je peux affirmer, c’est que si je vendais WISeKey aujourd’hui, tous mes investisseurs seraient très contents», insiste le directeur général. L’autre produit phare, WISeAuthentic, qui permet de donner une identité numérique aux objets et de lutter contre la contrefaçon, est quant à lui rentable, assure Dourgam Kummer, responsable des finances. Hublot et Dior sont notamment clients de cette solution. Pour Claude Béglé, ancien patron de La Poste, entré au comité stratégique de l’entreprise en 2010, WISeKey regorge d’idées et se trouve en face de réelles opportunités: «Mais maintenant il faut transformer l’essai en chiffre d’affaires…»

Un chiffre qui reste d’ailleurs secret. «Parce que nous nous sommes engagés à un devoir de réserve avec les banques en vue la préparation à notre introduction en bourse», précise Dourgam Kummer. Souvent citée comme candidate à la cote boursière, puisqu’elle avait annoncé son intention d’entrer en bourse en 2008 déjà, qu’en est-il vraiment aujourd’hui? «C’est toujours l’objectif, mais sans être une obsession, sourit Carlos Moreira. Les liquidités sont là. Si les conditions des marchés le permettent, nous nous lancerons en 2012 en Suisse et en 2013 aux Etats-Unis.» Entre les lignes, le fondateur de WISeKey s’inquiète un peu des énormes valorisations des réseaux sociaux phares par exemple, avec la faible propriété intellectuelle derrière: «J’ai peur que nous fassions alors les frais d’une correction de cette bulle spéculative.»

Si tout semble se jouer aux Etats-Unis, Carlos Moreira tient à la Suisse, notamment pour l’image de la neutralité. «Genève a absolument tous les atouts pour devenir un pôle dans la sécurité avec des sociétés intéressantes, comme ID Quantique par exemple. Mais encore faut-elle qu’elle en prenne conscience…» conclut-il.

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