Texte - +
Imprimer
Reproduire
IMMOBILIER mercredi 02 mai 2012

Loyers de bureaux: la cassure genevoise

(Keystone)

(Keystone)

La demande en provenance de l’étranger se tarit. Les prix baissent pour la première fois depuis 2008 à Genève. Le taux de vacance connaît une forte augmentation

Une cassure. Peut-être même le début d’une forte glissade des prix. A l’examen de l’Indicateur des loyers de bureaux ILB Colliers, Lorenzo Pedrazzini, administrateur délégué de Colliers International Suisse romande, et Bertrand Cavaleri, sous-directeur, sont catégoriques: pour la première fois depuis fin 2008, où le repli constaté avait vite été absorbé, le marché genevois des bureaux connaît un arrêt, avec pression à la baisse sur les prix.

«Entre novembre et mars, le marché a été quasi mort. Il se réanime quelque peu sous l’effet de demandes qui peinent pourtant à se traduire en baux signés, explique Bertrand Cavaleri. Clairement, nous sommes entrés dans un marché baissier.» Lorenzo Pedrazzini avance quelques constats. La demande est très faible car la majorité des entreprises n’ont pas besoin de nouvelles surfaces. D’autres entreprises attendent, gèlent leurs projets et spéculent sur un effondrement des prix. Et surtout, «la demande en provenance de sociétés internationales désireuses de s’établir à Genève a fortement rétréci», selon Bertrand Cavaleri. Les incertitudes sur la future situation fiscale des sociétés internationales et des holdings tempèrent les élans d’installation sur les bords du Léman.

D’autres phénomènes entretiennent cette cassure. Au moins une demi-douzaine de banques ou de sociétés avec activités internationales ont vendu ou vendront prochainement leurs immeubles (LODH, Vontobel, BNS, Piguet Galland, Coutts, Safdié, etc.). De plus, la plus grande flexibilité légale offerte d’installer des bureaux dans les zones industrielles modifie les conditions du marché. Résultat: fin 2011, Colliers Suisse estimait à 100 000 mètres carrés le stock de bureaux vacants. Fin avril, ce stock est monté à 150 000 mètres carrés, soit 3,6% du stock cantonal de bureaux, ou l’équivalent de cinq fois la surface nette du siège de Merck Serono qui pourrait bientôt venir sur le marché après la décision des propriétaires de fermer le quartier général de Sécheron… «L’envolée des surfaces vacantes est de 50%. C’est spectaculaire mais, pondère Lorenzo Pedrazzini, un taux de vacance de 2 à 3% à Genève reste très faible comparé à Zurich (5 à 7%), Paris (7%), Londres (7,6%), Munich (8%) ou Madrid (11%).»

Alors où sont les bonnes affaires à Genève? Ce qui résiste, ce sont les locaux bien placés et pas trop luxueux. Mais, globalement, les baisses des loyers sont visibles partout, y compris dans l’hypercentre de Genève, le centre et la zone Lancy-Carouge. La tendance est résolument à la baisse pour les prochains mois.

Lausanne épargnée

La région lausannoise est moins touchée par cette baisse de la demande observée à Genève. Le marché des bureaux, moins exposé aux troubles conjoncturels internationaux qu’au bout du Léman, est resté stable en 2011. Au premier semestre 2012, l’indice ILB observe même une progression de 1% en moyenne des loyers, notamment portés par un regain d’intérêt pour la zone EPFL-Vidy et la zone Pully. Seules les surfaces de haute qualité dans le centre ont subi une érosion de prix. «Lausanne a moins connu l’effet ascenseur des derniers semestres, elle enregistre donc moins le contrecoup conjoncturel au­jour­d’hui, commente Lorenzo Pedrazzini. Par contre, nous constatons dans nos activités que la région entre Coppet et Morges, qui s’est beaucoup nourrie de la demande étrangère, marque le pas, en raison d’une demande réduite et d’un excès d’offre.»

Reproduire
Texte - +