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danse jeudi 07 juin 2012

La Terre vue du ciel, la pertinence en plus

Simone Aughterlony et Trajal Harrell à Particules, à Genève

Il n’y avait qu’une quarantaine de personnes mardi soir au Théâtre du Galpon pour voir We need to talk de Simone Aughterlony dans le cadre du festival Particules. C’est bien trop peu, car la danseuse néo-zélandaise établie à Zurich est une formidable conteuse d’histoires, la sienne et celle de la Terre vue de l’Univers.

Il y avait peu de monde également samedi dernier au Théâtre de l’Usine pour voir Antigone Jr, de l’intrigant Trajal Harrell à l’affiche du même Particules. Trop pâle fréquentation là aussi, car le danseur américain traite le trouble identitaire d’une magnifique manière. Métis au physique ambigu, Harrell pratique le voguing, réplique dansée des postures adoptées par les mannequins des podiums. Avec le danseur Thibault Lac qui, durant un instant, interprète une Ismène tout en délicatesse, le chorégraphe joue sur l’ambiguïté entre la figure féministe d’Antigone et la particule ultra-patriarcale Jr qu’il lui accole. Dans une danse à la fois sensuelle et codée, les deux artistes créent un flou de lecture qui renvoie chaque spectateur à ses certitudes figées.

Et Simone Aughterlony? Dans We need to talk, la danseuse place l’infiniment petit face à l’infiniment grand. Elle établit un improbable parallèle entre les sondes spatiales Voyager I et II lancées en 1977 et sa propre trajectoire entamée la même année. En plus du dispositif destiné à recueillir des informations dans le système solaire, Voyager I et II transportent à leur bord un disque, le golden disc, qui donne un aperçu de la vie terrestre aux potentiels aliens. Blues, rock, musique indienne, travaux des champs, bruits d’orage et de grande cité, le golden disc a à cœur de respecter l’universalité des expressions d’ici bas, sauf que, remarque l’artiste en souriant, il n’y a aucun bruit de bombe, de mitraillette ou de torture…

En anglais surtitré, la danseuse invite le public à choisir le compositeur célèbre qui sera diffusé ensuite. Bach? Mozart? Stravinski? Le Russe l’emporte et Le Sacre du printemps envahit le plateau. «Ecoutez la musique sans penser aux chorégraphies que ce morceau a inspirées», invite l’artiste. Avant de citer précisément la quinzaine d’œuvres cultes, de Nijinski à Pina Bausch en passant par Béjart, imaginées sur la célèbre partition. Manière habile de dire que l’homme ne peut s’asseoir sur son passé, qu’il est ce qui s’est fait avant lui. Idem pour la mappemonde géante qui orne le plateau. La terre est encombrante? On peut imaginer comment la recycler… Simone Aughterlony danse également. Sur du folklore, du blues. Et sa danse raconte encore ce devoir d’intelligence, cette lucidité. On est soufflé par tant de maturité.

Particules, ce n’est pas fini. Le festival se poursuit jusqu’à samedi, avis!

Particules
, 022 328 08 18, jusqu’au 9 juin. www.theatredelusine.ch

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