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banques mardi 03 juillet 2012

Comment le pays de la City s’est retourné contre les banques

Le scandale Barclays illustre la colère généralisée contre la finance. Une enquête parlementaire vient d’être lancée

Pour Nick Clegg, le vice-premier ministre britannique, les banques «sont une source d’embarras et de honte». Pour Vince Cable, le ministre de l’Industrie, «la pourriture était généralisée; l’incompétence, la corruption et l’avarice étaient partout dans les banques britanniques». Pour Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui pèse toujours ses mots, «un vrai changement dans la culture des banques est nécessaire». Et il critique «les niveaux excessifs de rémunération, le mauvais traitement des clients, la manipulation mensongère d’un des taux d’intérêt les plus importants […]».

Le pays de la City n’est plus ce qu’il était. Les banques, autrefois portées aux nues, sont désormais la cible de toutes les attaques au Royaume-Uni, y compris de l’élite politique. Le scandale de la manipulation du taux d’intérêt Libor (taux interbancaire) par Barclays, qui a été condamnée la semaine dernière à une amende record de 430 millions de francs, vient une nouvelle fois l’illustrer. A la Chambre des communes, il n’est plus question que de cela: vendredi, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, faisait une déclaration dans une atmosphère électrique, estimant que l’enquête devait «remonter jusqu’au sommet de l’organisation». Ce lundi, c’est le premier ministre en personne, David Cameron, qui intervenait pour annoncer le lancement d’une enquête parlementaire sur les banques, et les vastes questions de «transparence, conflit d’intérêts, culture et standards professionnels». «Il règne désormais un climat de vengeance, avec une mentalité de lynchage», estime Richard Reid, du Centre international pour la régulation ­financière (ICFR), basé à Londres.

La colère des Britanniques contre leurs banques s’explique par un certain nombre de faits objectifs. A commencer par le sauvetage des principaux établissements financiers après la faillite de Lehman Brothers, qui a coûté directement aux contribuables 200 milliards de francs. Cette somme – l’équivalent du budget de la santé – n’est pas près de revenir dans les coffres du Trésor: le cours boursier de Lloyds Banking Group et de Royal Bank of Scotland demeure bien inférieur au prix auquel le gouvernement a payé ses prises de participation.

A cela s’ajoutent une série de scandales qui ont ébranlé toutes les banques. L’an dernier, les principaux établissements ont été condamnés pour avoir vendu de façon abusive des assurances pour des prêts, y compris à des clients qui n’y avaient pas droit. Vendredi, quatre banques – HSBC, Barclays, Lloyds et RBS – ont été condamnées par le régulateur financier pour avoir vendu de façon abusive aux PME des produits pour couvrir les risques de taux d’intérêt.

La colère des Britanniques vient aussi d’un élément plus subjectif: l’impression d’arrogance des principaux banquiers, qui n’ont apparemment pas tiré les leçons de la crise de fin 2008. Dans ce domaine-là, Bob Diamond, le directeur général de Barclays, est sans doute la cible la plus évidente. Déjà en 2009, l’ancien ministre Peter Mandelson l’avait surnommé «le visage inacceptable du capitalisme». L’an dernier, l’Américain a touché 26 millions de francs, ce qui a choqué jusqu’à ses actionnaires, qui ont voté à 30% contre cette rémunération – en vain, puisque son salaire sera quand même versé. Cet Américain, malgré un ton toujours extrêmement poli, symbolise les excès des banquiers d’affaires, lui qui a construit quasiment de toutes pièces Barclays Capital.

Dans ce contexte, le gouvernement britannique a commencé à agir. Il est actuellement en train de mettre en place une séparation partielle entre les banques de détail et d’investissement, ce qui en fait l’un des pays qui sont allés le plus loin dans leur réforme bancaire. La loi est actuellement en discussion au parlement. Une autre loi est proposée pour donner aux actionnaires le pouvoir légal de bloquer les rémunérations des dirigeants des entreprises cotées. Enfin, le régulateur financier actuel, la FSA (Financial Services Authority), jugé trop clément pendant les années fastes, est démantelé et ses pouvoirs sont transférés à la Banque d’Angleterre.

Cela suffira-t-il? Marcus Agius, le président de Barclays qui a démissionné ce lundi, disait l’an dernier, parlant de toutes les banques: «Il faut vingt ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire. Nous reconstruisons notre image mais je ne sais pas combien de temps cela prendra.»

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