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théâtre vendredi 08 juin 2012

Mélancolie et résistance: un puissant adieu au lieu

T rois hommes noirs, à terre. «Howl», de l’Américain Allen Ginsberg, est un cri contre l’establishment datant de 1955, une ode à la rébellion. Maya Bösch, metteur en scène, quitte le Grü avec cette déclaration d’amour aux textes-partitions. (Christian Lutz)

T rois hommes noirs, à terre. «Howl», de l’Américain Allen Ginsberg, est un cri contre l’establishment datant de 1955, une ode à la rébellion. Maya Bösch, metteur en scène, quitte le Grü avec cette déclaration d’amour aux textes-partitions. (Christian Lutz)

Maya Bösch signe son dernier spectacle au Théâtre du Grütli à Genève, salle qu’elle a codirigée pendant six ans

C’est un adieu au lieu. Ou plutôt un au revoir. Car rien n’empêchera Maya Bösch de créer au Grütli lorsque ce théâtre vivra sous la conduite de Frédéric Polier, à la rentrée. Tout de même, avec son côté oratorio à tous les étages, la recension des fondamentaux de la metteur en scène – corps, voix, espace, temps –, sa distribution où figurent les fidèles compagnons et son recours à l’anglais et à l’allemand, HØPE, Howl & a statement on body, sound, space and time fait bien figure de spectacle-testament. Une sorte d’apothéose pour clore les six ans de direction que Maya Bösch a partagée avec Michèle Pralong.

Apothéose réussie? Oui. Une vraie belle unité dramaturgique et poétique émane de cette proposition qui se déroule sur trois étages de la maison. Une cohérence basée sur le postulat de la metteur en scène qui veut que le comédien ne joue pas un personnage imaginaire créant l’illusion, mais soit un outil sensible et intelligent au service d’une démarche formelle. Un partenaire de création qui approche le texte comme une partition.

Ambiances multiples

Ce postulat est d’ailleurs rappelé à mi-chemin, au moment où, venant du 3e étage en direction du sous-sol, les spectateurs font escale au rez-de-chaussée. Dans une vitrine, clown blanc sous verre, Nalini Selvadoray dit Je voudrais être légère. Dans ce texte de 1983 que Maya Bösch reprend pour la sixième fois (!), Elfriede Jelinek proclame avec détermination la mort du théâtre d’identification.

La fessée, donc, mais les caresses aussi. Auparavant, dans la white box irisée d’éclairages subtils (Colin Legras), trois actrices (Barbara Baker, Manon Andersen, Dorothea Schürch) décomposent des lieder de Franz Schubert, telles des vestales flottant devant un feu éteint. Assis dans le couloir, le public capture ces figures de manière intermittente, lorsqu’elles passent devant les portes dans une déambulation lente. Une grande douceur émane de ce premier volet qui raconte le chaud, le froid surtout, de l’attente.

Ambiance tout autre dans la black box. Howl, vous connaissez? C’est le hurlement qu’a lancé Allen Ginsberg en 1955 contre l’esta­blish­ment américain. Un cri qui marque le début de la Beat generation. Une ode au proscrit, au paumé. Une langue-rythme, une langue-vaudou. Au son des distos à la guitare de Vincent Hänni, Fred Jacot-Guillarmod, Pascal Gravat et Roberto Garieri disent cet ancêtre du slam de manière chorale. Grimés de noir, ils s’enferment avec le public dans un enclos de barrières, avant que Gilles Tschudi prenne le relais en hauteur et en anglais.

Chaque spectateur cueille ce qu’il souhaite dans ce vaste oratorio qui se termine sur Radio Ophelia , texte chuchoté de Timo Kirez. Cette liberté, c’est la signature de Maya Bösch, son idée du beau.

HØPE/Howl…, au Théâtre du Grütli, à Genève, jusqu’au 10 juin.
022 328 98 68, www.grutli.ch

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