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Check-up samedi 14 avril 2012

Une mauvaise nouvelle qui tue?

«Un diagnostic de cancer, c’est un TGV dans la figure», disent les personnes qui l’ont vécu. Ce TGV à lui tout seul pourrait-il s’avérer mortel? Une étude suédoise l’affirme

Deux études mettent en évidence les risques liés au diagnostic de cancer. La première1 s’appuie sur le registre des cancers suédois. Elle montre que dans la première semaine suivant un diagnostic de cancer, les patients présentent un risque de suicide 12,2 fois plus élevé que dans la population ordinaire. Quant au risque de décès dû à un problème cardio-vasculaire, il est multiplié par six. Ces menaces diminuent rapidement avec le temps, mais restent élevées pendant la première année. Une autre étude2 réalisée sur la base du registre danois des cancers, porte sur les femmes qui ont reçu un diagnostic de suspicion de cancer après une mammographie de dépistage. Ce «faux positif» est assorti d’une augmentation du risque de développer un cancer du sein ultérieurement. Une mauvaise nouvelle médicale constituerait-elle, en elle-même, un facteur de risque? Explications du professeur Christine Bouchardy, médecin responsable du Registre genevois des tumeurs.

Le Temps: L’énoncé d’un diagnostic de cancer serait-il toxique à lui seul?

Christine Bouchardy: C’est ce que montre l’étude suédoise. Elle souligne à quel point le système cardio-vasculaire est affecté par une telle nouvelle. Je suis tout de même étonnée par l’ampleur du risque de suicide, juste après la nouvelle. Elle est énorme. Ces données sont passionnantes, mais je ne pense pas qu’on puisse les extrapoler telles quelles à la Suisse. A Genève, nous avions noté des différences dans les réactions selon les sexes et le type de cancer. Il y avait par exemple une plus grande augmentation du risque de suicide juste après l’annonce des cancers de la prostate, ce que nous avions attribué aux effets adverses très lourds du traitement – incontinence, impuissance. Chez les femmes, l’augmentation du risque survenait cinq ans après le cancer. En général en raison d’une récidive ou d’un divorce.

– Pourquoi ne peut-on extrapoler les résultats de l’étude suédoise à la Suisse?

– Nos systèmes de santé sont différents. Je pense qu’il y a moins de délai d’attente entre le moment du diagnostic et le début des soins chez nous. Les patients sont pris en charge immédiatement, ils sont emmenés dans un tourbillon médical, dans une guerre contre la maladie qui leur laisse peu le loisir de déprimer.

– La façon dont est annoncée la nouvelle de la maladie s’est-elle améliorée?

– Incontestablement, il y a désormais un protocole très rigoureux élaboré par les oncologues. L’annonce doit notamment se faire lors d’une consultation dans un endroit confortable, le médecin et le patient doivent être assis, l’entretien ne doit pas être interrompu, y compris par le téléphone. La présence d’une tierce personne est également souhaitée car, en général, le patient assommé par la nouvelle ne comprend pas ce qu’on lui explique.

– Pourquoi y a-t-il plus de risques de cancer du sein chez les femmes qui ont reçu préalablement un diagnostic de suspicion de cancer après une mammographie de contrôle?

– Cela me semble logique. Les femmes qui ont de faux positifs ont souvent des seins très denses, ce qui rend la détection plus difficile. Et ce type de seins est plus à risque de cancer. Il est donc très important de continuer à suivre ces femmes et non de les écarter des programmes. Ce qui pouvait se produire autrefois.

– Les auteurs soulignent également que leur étude sur onze ans s’étend jusqu’au début des années 2000 et que depuis les améliorations techniques ont changé la donne. Y a-t-il moins de faux positifs aujourd’hui?

– Oui et cela pour des raisons à la fois techniques, les appareils se sont beaucoup améliorés, et pour des raisons d’expertise. C’est ce qui fait tout l’intérêt des programmes de dépistages, ils ont permis d’améliorer beaucoup la qualité des mammographies. Et, à Genève en tout cas, on soumet désormais les femmes qui ont des seins denses à des échographies en supplément de la mammographie.

1. New England Journal of Medecine, 5 avril 2012.

2. Journal of the National Cancer Institute, 2012.

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