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revue de presse mercredi 25 février 2009

Littell, la perversité du goût français

(AFP)

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Traduit en anglais, le roman «Les Bienveillantes» de Jonathan Littell est écharpé par le «New York Times»

Après avoir suscité la controverse en France et été fraîchement reçu en Allemagne, Les Bienveillantes, le roman monstrueux de Jonathan Littell, vient de paraître en traduction anglaise. A l’aune de la critique furibarde, lundi, du New York Times , l’odeur de soufre exhalée par le livre n’est pas près de s’évaporer.

Paru en 2006, Les Bienveillantes s’est vendu depuis lors à plus de 700 000 exemplaires. Le roman évoque les atrocités nazies pendant la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’un bourreau pervers, l’Obersturmbannführer SS Max Aue. Rien n’est épargné au lecteur de ce pavé d’un peu moins de 1000 pages, écrit en français par un Américain élevé en France, ancien travailleur humanitaire.

En Allemagne, un critique avait traité Jonathan Littell de «pornographe de la violence». Michiko Kakutani, fameuse critique littéraire du New York Times (et Prix Pulitzer), n’a pas assez de mots pour exprimer sa révulsion à la lecture de The Kindly Ones : «Les fans exubérants du roman semblent avoir confondu la perversité avec l’audace, la prétention avec l’ambition, une acrobatie odieuse avec une intelligence antithétique.»

Non contente de tirer à vue, Michiko Kaktani dégaine aussi ses références culturelles: «Vraiment, ces presque 1000 pages se lisent comme si les mémoires du commandant d’Auschwitz Rudolf Höß avaient été réécrites par un mauvais imitateur de Genet et de Sade, ou par le narrateur tordu d’American Psycho de Brett Easton Ellis après le visionnement répété de Portier de nuit et des Damnés

Et de s’en prendre aux Français: «Qu’un tel roman ait pu obtenir deux des principaux prix littéraires en France n’est pas seulement un exemple de la perversité occasionnel du goût français, mais il montre aussi combien les attitudes littéraires envers l’Holocauste ont drastiquement changé lors des dernières décennies… Nous avons désormais atteint le point où le portrait de plus de 900 pages d’un nazi psychopathe, évoquant avec force détails histrioniques les barbaries des camps, est acclamé par Le Monde comme un «triomphe stupéfiant».

The Guardian, via The Observer, parle d’un «roman extraordinairement puissant qui conduit le lecteur stupéfié dans les extrêmes réalistes et surréalistes d’un voyage exténuant dans les coins les plus sombres de l’histoire européenne». Le Times approuve la démarche narrative du romancier: «Littell, un juif, estime avec justesse que le premier devoir d’un écrivain comme celui d’un historien est de comprendre. Il y est arrivé en se plaçant lui-même dans l’esprit torturé de son personnage.» Le Financial Times, enfin, pose la question: «Le roman vaut-il tout ce tintamarre? Tout dépend de votre patience. The Kindly Ones, comme il est maintenant titré pour les lecteurs anglais, est révoltant, trop long et loin d’être lucide. Mais il est aussi érudit, sans pitié et hypnotisant.»

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