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informatique mardi 10 avril 2012

Le jour où Apple vaudra mille milliards de dollars

Delphine Cuny

Une seule action Apple coûte déjà plus cher qu’un iPad et peut-être bientôt qu’un MacBook Air. (Keystone)

Une seule action Apple coûte déjà plus cher qu’un iPad et peut-être bientôt qu’un MacBook Air. (Keystone)

La firme à la pomme, déjà première capitalisation boursière mondiale, pourrait voir le cours de son action franchir le cap des 1000 dollars contre 620 aujourd’hui. Et donc atteindre à une échéance relativement courte cette valorisation astronomique et… historique

Une seule action Apple coûte déjà plus cher qu’un iPad et peut-être bientôt qu’un MacBook Air. A Wall Street, ils sont déjà au moins deux analystes, dont le célèbre Gene Munster du courtier Piper Jaffray, à prédire qu’elle approchera des 1000 dollars dans quelques mois. Divagation de fanatiques ou prédiction crédible? Atteindre ce cap symbolique reviendrait à une progression de 61% par rapport au cours actuel d’environ 620 dollars, sachant que ce dernier vole de pic historique en nouveau record et a grimpé de 55% depuis janvier seulement. Il n’a fallu au titre «AAPL» (son code technique) que 5 semaines pour passer de 500 à 600 dollars. Alors pourquoi pas 1000 dollars dans quelques mois? Ce serait alors la première entreprise au monde dans l’histoire à valoir 1000 milliards de dollars, «un billion» en français ou un «trillion» pour les Américains. Première capitalisation boursière mondiale, Apple vaut actuellement 580 milliards et a creusé l’écart avec le numéro deux, Exxon Mobil (400 milliards).

Dans une note parue mardi dernier, Gene Munster de Piper Jaffray, un des analystes les plus «bullish», les plus enthousiastes, mais aussi un des plus reconnus de la place sur Apple, voit le titre atteindre ce niveau de 1000 dollars dans deux ans, au cours de l’année 2014. Mais son objectif de cours à douze mois est désormais de 910 dollars tout de même (contre 718 dollars auparavant). Son confrère du courtier Topeka Capital Markets, Brian White, encore plus fougueux, a prédit lundi que le cours arrivera à 1001 dollars dans les douze mois, notamment grâce à l’expansion du groupe dans les marchés émergents, Chine en tête.

Parlant de «la fièvre Apple qui se répand dans le monde entier comme une traînée de poudre», Brian White ne voit pas cette tendance s’arrêter de sitôt, citant «son portefeuille de produits toujours croissant, son réseau numérique intégré, son esthétique inégalée et sa marque capable de toucher l’âme des consommateurs de tous horizons». De son côté, Munster estime qu’il ne faut pas s’inquiéter d’une éventuelle «exubérance irrationnelle» – en référence à l’expression d’Alan Greenspan, quand il était président de la Fed, en 1996 au tout début de la bulle Internet – tout simplement parce qu’Apple n’est pas cher, en termes de PER (le ratio cours/bénéfice), à 17 fois les profits de l’exercice en cours et 12 fois ceux de 2013. C’est donc selon lui la croissance des bénéfices qui restera le moteur de l’action dans les mois qui viennent.

S’agit-il de deux fervents supporters isolés? Pas tout à fait. A Wall Street, l’objectif de cours médian à un an est de 700 dollars pour Apple selon le consensus Thomson First Call portant sur 46 analystes. Un seul conseille de vendre l’action, Ed Zabitsky du cabinet de recherche canadien ACI Research, et ce depuis 2009, bien que les faits lui aient donné tort (l’action était sous les 100 dollars il y a trois ans). A la mi-mars, Katy Huberty de Morgan Stanley a relevé son objectif à douze mois de 515 à 720 dollars, tout en dressant un scénario plus impétueux avec un cours de 960 dollars: pénétration des tablettes en entreprises, potentiel d’un prochain iPhone compatible avec la 4G et croissance dans les marchés émergents étant les trois facteurs dopants selon elle. La future Apple TV ou «iTV» attendue dans le courant de l’année pourrait aussi créer un nouveau pilier d’activité pour le groupe fondé par Steve Jobs.

Mais la firme à la pomme laissera-t-elle son action aller jusqu’à 1000 dollars? Le titre Apple n’est pas, en valeur faciale, le plus cher de Wall Street, il vaut par exemple un peu moins que l’action Google et se situe très loin des 121 850 dollars de l’action Ber­k­shire Hathaway, la société de Warren Buffett, la plus chère du monde. Apple a déjà, à trois reprises, divisé par deux le nominal de son action (des «stock splits») en 1987, en 2000 et en 2005 – concrètement les porteurs reçoivent deux actions pour une détenue et le cours est réduit de moitié du jour au lendemain. Il n’est pas impossible que la firme de Cupertino réédite l’opération cette année. En attendant, Brian White, un brin rêveur, imagine qu’Apple pourrait générer 1000 milliards de dollars de chiffre d’affaires (contre 108 milliards à l’issue de l’exercice clos en septembre 2011)… un objectif atteignable «lors de la prochaine décennie», précise-t-il.

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