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Banques privées mardi 05 février 2013

Pictet et Lombard Odier tournent le dos à deux cents ans d’histoire

LT

(Keystone)

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Les groupes genevois Pictet et Lombard Odier vont adapter leur structure avec effet au 1er janvier 2014. Toutes deux optent pour la forme juridique d’une société en commandite par actions. Leurs activités bancaires deviennent, elles, une société anonyme. Légalement, ce ne sont donc plus des banquiers privés

Les groupes bancaires genevois Pictet et Lombard Odier vont adapter leur structure avec effet au 1er janvier 2014. Toutes deux optent pour la forme juridique d’une société en commandite par actions de droit suisse. Ceci ne concerne que la structure faîtière – équivalente à une «holding» – des deux groupes. En présentant ces changements mardi lors d’une conférence de presse commune à Genève, Patrick Odier a précisé qu’ils ne consistaient ni en une fusion, ni en une acquisition. Ni en une étape vers une cotation en bourse ou à l’ouverture du capital à des tiers. «Il ne s’agit pas [davantage] de se prémunir contre des problèmes externes», a-t-il ajouté.

La fin de la banque privée

Le cœur de l’activité des deux groupes, la filiale s’occupant des activités de banque suisse, deviendra, elle, une société anonyme. Ce qui rendra techniquement possible la vente d’une partie de son capital à des tiers. Et met fin à la responsabilité illimitée des actionnaires-gérants vis-à-vis de ces seules activités bancaires: ceux-ci sont toujours responsables de façon illimitée, mais uniquement au niveau de la structure de tête. De facto, ces deux piliers de la place genevoise ne seront donc plus des banquiers privés, caractéristique mise en avant depuis plus de deux siècles pour attirer les riches déposants.

Faits nouveaux, les deux maisons, qui gardaient jusque-là jalousement le secret sur leur activité, devront publier leurs états financiers. Et ce, à la fois au niveau du groupe et au niveau de sa division bancaire.

Raisons de la mue

Les raisons à l’origine de cette décision seraient notamment liées à l’évolution de la réglementation en Suisse comme à l’étranger. «C’est un particularisme helvétique que d’exercer encore les métiers de la banque sous forme de société de personnes; les standards internationaux sont, eux, basés sur des sociétés anonymes», explique Patrick Odier. «Dans les marchés où l’on souhaite se développer – notamment ceux de culture anglo-saxonne –, ce particularisme se heurtait à une certaine incompréhension: on nous demande par exemple ce qu’il se passe lorsqu’un associé-gérant vient à disparaître», poursuit ce dernier.

Egalement évoquée, la «complexité» à gérer «sous la forme de société de personnes» des établissements devenus au fil du temps des groupes financiers. Selon Patrick Odier, «de facto, les filiales bancaires à l’étranger et nombre d’activités – par exemple les structures en charge de la gestion des fonds de placement en Suisse – ont déjà l’obligation d’être organisées en société anonyme», ce qui compliquait la structure de ces groupes.

Enfin, les établissements se sont parfois heurtés «à l’incompréhension des autorités» au moment où ces dernières forcent l’ensemble du secteur bancaire à devenir plus solide, en accumulant les fonds propres. Pour les agences chargées de faire appliquer ces règles, «il était [ainsi] difficile de comparer le capital-actions d’une société anonyme et les fonds propres des associés» ajoute Patrick Odier. D’où une nécessaire harmonisation. Sans compter que cette nouvelle structure permettra de créer des réserves à différents niveaux du groupe.

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