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Ski alpin samedi 19 février 2011

Didier Cuche, les larmes d’un colosse sensible

Le vétéran neuchâtelois manque le podium d’un géant remporté par le favori américain Ted Ligety

Il restera cette image. Après son passage au micro de la radio, Didier Cuche s’appuie contre une barrière, plonge sa tête dans ses mains et se met à pleurer. L’attachée de presse de Swiss-Ski fait comprendre qu’il faudra patienter un peu. La scène ne surprendra que ceux qui ignorent encore l’affectivité de ce colosse à l’âme sensible.

Le vice-champion du monde de descente vient très probablement de disputer son ultime défi planétaire. Echouant dans sa quête de podium après y avoir légitimement cru à l’issue d’une première manche terminée à la 5e place, à 38 centièmes. De quoi se laisser submerger par l’émotion à l’heure du relâchement de toute cette tension. «Aujourd’hui, je serais volontiers parti avec une breloque autour du cou», confie-t-il, les yeux encore mouillés. «Si je suis ému comme ça, c’est que je me rends compte que c’était mon dernier départ dans des Championnats du monde. J’en suis persuadé, sinon ça ne me toucherait pas autant. Avec toute cette histoire de pouce, je m’étais mis une énorme pression. Ça devrait m’être égal de ne pas avoir fait de médaille, mais vu que c’était mon dernier départ, c’est très dur.» Il regarde ses pieds en silence. Et ajoute: «C’est la preuve aussi que je vis encore le truc à fond.»

Murisier, la bonne surprise

Cuche s’est laissé piéger par le parcours beaucoup plus tournant de la seconde manche, dans ce géant qui a vu la hiérarchie du classement de la Coupe du monde respectée avec la victoire de l’Américain Ted Ligety devant le Français Cyprien Richard et l’Autrichien Philipp Schoerghofer. «Ça tournait un poil trop pour moi», confirme le Neuchâtelois. «Sur cette neige qui ne répond pas, on prend du retard sur une ou deux portes, il en faut trois ou quatre autres derrière pour retrouver le rythme et la ligne. Et les centièmes s’en vont.»

Carlo Janka a lui aussi laissé filer les fractions de seconde. Sixième à 49 centièmes, il tenait sa chance. Même si, souvent, c’est quand il gagne la première manche que le Grison devient irrésistible. Ce n’était pas son jour. Pas ses Mondiaux. Imprécis, il a terminé à la septième place. Juste devant Cuche. «Aujourd’hui, le problème, ce n’était pas la fatigue. Mon ski n’était juste pas assez bon pour espérer une médaille.» Son cœur fougueux, ses forfaits, les attentes d’une nation en mal de médailles, tout ça aura finalement pesé trop sur les spatules du champion olympique.

La bonne surprise suisse est venue de Justin Murisier. Parti avec le dossard 32, le Valaisan s’est offert la treizième place, entre Bode Miller et Ivica Kostelic. «Je n’aurais jamais imaginé faire une telle performance. J’ai réalisé mes deux meilleures manches de l’année. C’est bien que ça tombe pendant les Mondiaux», confie le triple champion du monde junior, déjà à l’aise avec les médias du haut de ses 19 ans. «Je ne peux être que satisfait de terminer dans les quinze. Je visais ça en slalom. Le faire en géant, c’est pas mal. Dimanche, je vais partir dans la même optique. Si je fais mieux, ce sera parfait. Si je me plante, j’aurai ce géant sur quoi me reposer.»

Murisier se montre touché par les larmes de Cuche. «Didier est un exemple. C’est hyperbénéfique de l’avoir dans l’équipe. J’ai pas mal discuté avec lui entre les deux manches. Pas de la course, mais de la préparation physique pendant l’été car là-dessus, j’ai énormément à apprendre. J’aime lui demander de me dire ce que je fais de faux. C’est important d’avoir quelqu’un comme lui pour nous donner des conseils. Tout ce qu’il peut nous dire est bon à prendre. On sait qu’il est passé par là. Il sait ce qui est juste.» Le Valaisan espère que son glorieux aîné ne tirera pas sa révérence tout de suite. «Il a la tête trop dure pour arrêter cette année. Je pense qu’il va prolonger une saison de plus.» Mais pas deux. Ses larmes le lui ont dit.

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