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Classique jeudi 04 mars 2010

Mélodie Zhao, une prodige du piano face aux «Etudes» de Chopin

La jeune concertiste, 15 ans, s’est mesurée au corpus du compositeur polonais mardi au Victoria Hall de Genève

Mélodie Zhao n’a peur de rien. Le pied calme, ses 15 ans drapés dans l’élégance des soirs qui comptent, cette jeune prodige du piano foulait mardi la scène du Victoria Hall de Genève, à l’enseigne des Amis de l’OSR.

Il y a un aplomb certain dans cette façon de saluer longuement, plutôt deux fois qu’une, presque un soupçon de témérité dans la teneur du programme: les 27 Etudes de Frédéric Chopin, ce catalogue d’inventions pianistiques par lesquelles le compositeur polonais a dit l’amour des mains et l’étreinte des touches. La salle attend, éprise de défi, dans un frémissement de foire silencieuse.

Do majeur, et une gerbe de cheveux noirs pour ouvrir l’opus 10. Ne pas se fier aux apparences: sous la concision tout asiatique de ses manières (d’origine chinoise, elle est née en Gruyère), Mélodie Zhao laisse parler la fougue. La domination technique est là (quelques accrochages dans la première étude, guère plus), mais c’est surtout le tonus rythmique qui frappe (opus 10 n° 8), cette tendance à piquer dans le vif, sans usage excessif de la pédale. La sonorité, dense, presque tranchante, dévisage Chopin et ses vertiges; on aimerait parfois plus de tendresse dans le chant (opus 10 n°3).

L’opus 25 prend davantage de corps. Le geste se relâche, dissout peu à peu l’impression de vernis scolaire, préfabriqué (les fins marquées à gros trait, les inflexions un peu artificielles, déjà notables sur le disque que Mélodie Zhao enregistrait à l’âge incroyablement précoce de 13 ans).

Surtout, la ligne puise dans de nouvelles profondeurs (opus 25 n°5), climatise quelques coloris fulgurants (opus 25 n°6). Le déchaînement extrêmement périlleux des trois dernières études cristallise soudain de réels enjeux. C’est qu’il y a, chez Mélodie Zhao, la détermination vitale d’aller au-delà de soi-même. C’est cette voix, plus que tout autre, qu’elle doit maintenant laisser résonner en elle.

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