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colombie samedi 10 septembre 2011

Des peuples indigènes menacés d’extinction

Les Indiens victimes collatérales des affrontements entre armée, guérilla marxistes et bandes mafieuses. Les Nations unies s’en inquiètent

Ces derniers mois, les Nukaks Makus avaient enfin trouvé un intérêt à la présence des «Blancs». Une ONG leur avait donné une barque-ambulance pourvue d’un équipement de chirurgie. L’engin sillonnait les affluents de leur réserve secouée par la guerre, dans la jungle du Guaviare. La tribu nomade espérait ainsi enrayer sa descente aux enfers: contactée pour la première fois en 1988, elle a perdu depuis la moitié de ses membres, emportés par les maladies, les combats et la guérilla marxiste des FARC.

Mais le 3 août dernier, des guérilleros ont intercepté l’embarcation. «Vous avez vingt minutes pour disparaître», ont-ils intimé au personnel médical. Le matériel a terminé entre les mains des combattants, fragilisant encore davantage l’ethnie isolée. Aujourd’hui, «ils sont en situation d’urgence humanitaire, alerte Flaminio Nogama, conseiller des droits humains de l’Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC). Les FARC ne les laissent plus entrer ni sortir de leur territoire».

Campagne de sensibilisation

Les Nukaks Makus font partie des 65 peuples colombiens – sur 102 recensés – que l’ONIC considère «en danger» dans le conflit qui oppose guérillas, armée et paramilitaires au service des trafiquants de drogue. Dans les jungles et les cordillères, ils sont victimes des mines antipersonnel, des recrutements forcés et des exécutions – tel cet Embera abattu en février dernier après avoir fui une patrouille militaire.

Selon la Cour constitutionnelle, la moitié de ces ethnies en péril sont menacées «d’extinction physique ou culturelle». La situation a poussé le Haut-Commissariat des Nations unie pour les réfugiés (HCR), habitué à venir en aide aux Wounaans du Pacifique, aux Sicuanis des plaines de l’est ou aux Kunas de l’épaisse forêt du Darien, à lancer une campagne de sensibilisation le mois dernier. «S’ils disparaissent, c’est une partie de toi qui disparaît», illustre le slogan de l’institution.

Certains des peuples les plus nombreux, comme les Nasas, dans le sud-ouest andin, ont certes réussi à s’organiser pour faire face aux combats. A chaque fois que la guérilla tente d’attaquer la police qui se trouve au centre de leurs villages, ou que l’armée riposte en bombardant les arêtes rocheuses, leur «garde indienne» réunit la population dans des centres hérissés de drapeaux blancs, loin des combats. La tactique limite le nombre des victimes – 5 sont quand même morts dans un attentat des FARC en juillet. Elle leur permet surtout de retourner vivre chez eux dès que les balles cessent de siffler, pour ne pas connaître le sort des 14 000 Indiens chassés de leurs réserves en deux ans. Nombre de ceux-là, habitués à vivre de la terre, arrivent en ville pour mendier, tels les Nukaks Makus réfugiés dans les taudis de la capitale la plus proche, San José del Guaviare. «Ici, il n’y a pas de terre, pas de nourriture, nous avons peur», a rapporté un de leurs chefs au HCR.

Comme eux, plusieurs ethnies isolées des bassins de l’Orénoque et de l’Amazone, fortes seulement de quelques dizaines de membres chacune, sont impuissantes face à la progression des combattants et des paysans planteurs de coca. Cette plante, base de la cocaïne, provoque une prospérité éphémère qui attire les bandes mais aussi les avions épandeurs de pesticide des autorités, qui contaminent bien souvent d’un même coup les cultures vivrières. Dans les plaines de l’est du pays, les Itnus, pris en tenaille dans une région de culture, sont ainsi parmi les plus menacés d’extinction.

Richesses du sous-sol

Sommées d’intervenir par la Cour constitutionnelle, les autorités colombiennes rappellent les progrès effectués depuis 1991, lorsque les Indiens ont enfin été reconnus comme des citoyens à part entière. Mais la guerre continue, et de nouvelles menaces planent: les licences d’exploitation minière, dont le président Juan Manuel Santos veut faire une «locomotive» économique, pourraient affecter 350 réserves. Les richesses du sous-sol, savent les Indiens, attirent surtout les groupes armés.

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