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Dettes mercredi 27 juin 2012

Le suisse IC-V propose une étatisation des banques européennes les plus fragiles

La société d’analyse zurichoise est très négative sur certaines banques françaises et italiennes

La croissance économique n’est possible que si le système bancaire est sain. «Nous en sommes très loin», a expliqué à la presse Christian Fischer, associé de Independant Credit View (I-CV), mardi à Zurich. La société de recherche suisse est financée à 100% par les investisseurs, contrairement aux grandes agences de rating. Mardi, elle a dressé un tableau très sombre de la situation.

I-CV a effectué un «stress test» pour 61 banques. Ses hypothèses comprennent un retrait de fonds d’épargne de 30%, une détérioration de 3% du PIB et une hausse de 50% du chômage. Le test met en évidence un fort besoin de fonds propres supplémentaires. Au total, les analystes l’évaluent à 1120 milliards d’euros. L’Europe représente les trois quarts du total, dont 442 milliards pour l’Europe centrale et 269 milliards la périphérie. L’Amérique s’en sort bien (40 milliards) et les émergents moyennement (336 milliards).

Pour René Hermann, analyste, la confiance pourrait être rétablie en Europe avec la création d’un fonds qui procéderait à une étatisation des instituts les plus fragiles. Un fonds du même type que celui créé aux Etats-Unis (TARP) pendant la crise. «Le financement devrait être important, de l’ordre de 2000 milliards d’euros», avance-t-il. Il procéderait à la liquidation des instituts insolvables, procéderait aux fusions nécessaires et privatiserait ensuite. «L’Europe est sur-bancarisée», observe-t-il. Aux Etats-Unis, le processus s’est traduit par un profit pour l’Etat. La création d’un tel plan serait bien plus simple que la mise en place d’une union bancaire.

En raison de fonds propres insuffisants, I-CV s’attend à la poursuite des abaissements de notations. Mardi, peu après la décision de Moody’s sur les banques espagnoles, l’équipe de 10 analystes de I-CV a montré du doigt certaines banques françaises (Crédit Agricole, Société Générale) et italiennes (Intesa, Unicredit).

Les Etats-Unis se portent mieux. «Parfois Moody’s est allé trop loin», selon Christian Fischer. Il estime injustifié que Citigroup obtienne une plus mauvaise note que Unicredit. Depuis 2008, les bilans des instituts américains se sont améliorés et les risques réduits.

Par contre, la situation devient de plus en plus risquée dans les pays émergents (Brésil, Russie, Chine). Le rapport entre crédits douteux et total des prêts a doublé en quatre ans au sein des banques analysées, pour atteindre 4,2%. Il a quadruplé dans l’Europe périphérique, à 8,4%. Les pays émergents ont toutefois l’atout de la croissance, ajoute I-CV.

Les réserves diminuent dans le système bancaire. Elles ne représentent que 89% des créances douteuses, contre 114% en 2007, selon Christian Fischer. Pire, le rapport a été divisé par deux dans l’Europe périphérique, à 65%. Et il a chuté de 270 à 85% en Australie. La faible couverture des crédits douteux concerne notamment la Bank of Irland, Danske, BNP, Credit Agricole, Société Générale, Intesa, Lloyds, RBS, Barclays, Commerzbank.

La présentation n’a pas manqué de surprises. Ainsi, Christian Fischer a déclaré que les bilans des banques s’étaient accrus de 27% depuis 2007. Tout le monde parle de réduction, mais les faits indiquent une hausse de 12% en Europe périphérique, 10% en Europe et même 144% dans les émergents (Brésil, Russie, Chine). Toutefois, les bilans ajustés du risque n’ont augmenté «que» de 10%. La raison est à chercher dans le fait que les banques ont accumulé des actifs dits sans risque (obligations souveraines). En Europe, les actifs ajustés du risque ont toutefois baissé de 7,9 à 6,5 milliards d’euros. Par contre, ils ont augmenté massivement dans les pays émergents.

La situation conduit à une course aux dépôts d’épargne.

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