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revue de presse vendredi 01 février 2013

Beckham, un garçon épicé à Paris

(Franck Fife/AFP)

(Franck Fife/AFP)

Le Paris Saint-Germain a réussi un sensationnel coup médiatique avec l’arrivée du Britannique au Parc des Princes. L’intérêt sportif de ce fils de pub semble moins évident. Mais est-ce si important?

Il était libre depuis le mois de novembre. Et il s’est engagé jeudi avec le club de football du Paris Saint-Germain (PSG) pour une durée de cinq mois – club qui ne se prive pas de déjà utiliser sous tous les angles son image naturellement glamour sur son site internet, sponsor compris (une compagnie aérienne du Golfe). Même topo avec celui du Parc des Princes, où, avec grand fracas, la nouvelle est tombée lors d’une conférence de presse en présence du joueur: le milieu de terrain anglais de 37 ans David Beckham reprend du service, à la plus grande joie des amateurs de foot et à l’encore plus incommensurable joie des dévoreurs de journaux people.

La bombe médiatique prouve au moins deux choses: que Beckham reste une des plus grandes stars du football mondial bien qu’avancé en âge, estiment vendredi les journaux britanniques. Et qu’il sait s’y prendre avec les fans sur sa page Facebook, indique le Daily Mail, où il a écrit, ce héros: «Glad to get so many positive comments about the donation. Victoria and I made the decision to give the wages away to a children’s charity.» C’est qu’il jouera gratos, en faisant don de son salaire à une œuvre de charité pour les enfants. Victoria est d’accord, donc: «Here oui go», c’est ce que dit astucieusement le Daily Mirror. «David Beckham’s Paris Match», renchérit dans la formule le Daily Express.

Les «Golden Boules»

L’ancien capitaine de l’équipe d’Angleterre, qui a aligné les trophées avec ses équipiers des championnats anglais, espagnol ou américain au sein des clubs les plus prestigieux comme le Manchester United, le Real Madrid et le Los Angeles Galaxy, aurait ainsi «les boules en or» (les «Golden Boules»), affirme The Sun dans un jeu de mots – que le lecteur décodera lui-même en contemplant cette célébrissime photographie – avec son surnom anglais, «Ball». C’est pas fin, ça? Ajoutant «From L.A. to ooh la la», le tabloïd écrit qu’il «est déjà un héros pour avoir fait don de son salaire à une œuvre de charité, mais qu’il aurait mieux fait de garder quelques livres de côté pour permettre à son épouse Spice Girl Victoria de claquer son pognon dans les magasins parisiens».

Mmmmh, c’est pas méchant, ça? Mais il y a pire. C’est sur Atlantico. fr: «Si la nouvelle a dû faire sauter les bouchons de champagne du côté des boutiques de luxe de l’avenue Montaigne que Victoria et sa marmaille ne devraient pas tarder à fréquenter, elle n’a fait sauter personne au plafond du côté des vrais connaisseurs du ballon rond.»

«Le geste qu’il fallait»

«Beckham place le football dans un dernier tango à Paris, avant son image flamboyante», titre plus sobrement le Times de Londres. «Cette étape annonce au monde et bien sûr à la France qu’il existe un club de football à Paris», ajoute perfidement le quotidien. Mais «il ne veut pas de l’ingrat labeur dans une équipe de milieu de tableau en Angleterre. Il veut encore un autre championnat, encore un autre conte de fées. Et si tout cela ajoute à son côté mystique et à son image, c’est encore mieux.» Pour le Daily Telegraph, «Beckham a eu le geste qu’il fallait dans le pays qu’il fallait en faisant don de son salaire». Car, écrit-il, «l’argent est peut-être l’ultime tabou dans un pays qui a guillotiné son aristocratie […] et dont le président socialiste François Hollande, a prononcé cette fameuse phrase: je n’aime pas les riches».

Les journaux français ne sont pas en reste avec cet événement dont Rue89 dit qu’il est «à décryptage automatique» et avec L’Equipe qui titre: «Beckham: un joli coup de show», avec une photo pratiquement pleine page. Ce transfert ramène la Ligue 1 – dont il sera «le grand-père», se moque gentiment le Guardian – «sous le feu des projecteurs», se réjouit le quotidien sportif. Mais, relativise-t-il sitôt après, «avec le Spice Boy, le club de la capitale a confirmé son attractivité grandissante», certes. S’est-il pour autant «réellement renforcé d’un point de vue sportif?»

«Un cadeau royal»

On laissera la réponse aux spécialistes. Et on laissera aussi Le Parisien/Aujourd’hui en France se délecter que «Paris s’offre un cadeau royal» pour «définitivement basculer […] dans une autre dimension». On le voit, les hyperboles ne manquent pas sur Golden Boy dont The Independent propose une chatoyante galerie d’images au moment où il prend «Rendez-vous in der Stadt der Liebe» («dans la ville de l’amour»), selon le quotidien sportif allemand Kicker.

Titre plutôt classique – «Beckham, star de Paname» – pour Metro: «Paris a encore une fois frappé très fort dans la footosphère et veut le faire savoir et bien savoir.» Il n’est plus question de «dimension» ici, mais de club qui entre «dans une autre galaxie». Car «le Galactique», précisément, représente évidemment «un investissement pour l’image, plus que pour le fond de jeu». C’est le lucide Sud-Ouest qui le pense. Même Libération n’est pas resté insensible et ose une légère ironie: «Beckham, marque des princes», titre-t-il, non sans ajouter que tout ce ramdam d’un Spice Boy en ville et sur le gazon «a fait passer au second plan les soupçons de corruption concernant l’obtention du Mondial 2022 par les Qataris. Au moins, ça débarrasse.»

«Europe says Bienvenue»

Un avis partagé par de nombreux éditorialistes dont Le Journal de la Haute-Marne, qui estime qu’«on est bien loin du monde du football. Ou en tout cas tel qu’on le connaissait en France depuis des décennies.» Non, «avec ce contrat, on n’est quasiment plus dans le sport». Ce n’est qu’«un magnifique coup marketing pour les propriétaires qataris du club», reconnaît 20 minutes. «Un beau coup pour le PSG qui va vendre plein de maillots, et dont on va parler à travers le monde», note pour sa part La Presse de la Manche. En fait, le PSG «recrute bien plus qu’un joueur de foot», ne sont pas dupes Les Echos, pour lesquels ce transfert «ne doit pas masquer une cruelle réalité: la France n’est qu’un nain sur la scène du foot business».

Mais la palme ira ce matin au Herald Tribune, qui écrit, avec un humour tout british, dans la foulée du discours du premier ministre David Cameron sur les relations entre le Royaume-Uni et Bruxelles: «David Beckham: Europe says Bienvenue.» C’est effectivement tout le mal qu’on puisse souhaiter à ce «footballeur anglais, marque planétaire», dont Le Monde brosse un somptueux portrait: «La célébrité lui a fait perdre son nom. Sur les affiches publicitaires, dans les conversations de pub ou dans la presse, il est simplement David. Plus qu’une star brillante et éblouissante du ballon rond, David Beckham est un phénomène de société au Royaume-Uni.» Et cette fois, le phénomène traverse la Manche et passe dans l’ordre mystique: «Saint David débarque à Paris», confirme Le Figaro.

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